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Ahmadou Ahidjo, John Ngu Foncha et Salomon Tandeng Muna

Ahmadou Ahidjo, John Ngu Foncha et Salomon Tandeng Muna

1er septembre 1966, il y a 52 ans Ahmadou Ahidjo, John Ngu Foncha et Salomon Tandeng Muna instauraient leur régime de terreur au Cameroun…

Depuis qu’il était arrivé au pouvoir, Ahmadou Ahidjo n’avait cessé de caresser le rêve d’être le maître absolu du Cameroun. Pour cela, il ne pouvait tolérer l’existence de formations politiques autres que la sienne, ni d’autres hommes politiques que lui. Il devait être le seul à se réclamer de ce statut, et son parti devait demeurer unique.

Au lendemain de l’arrestation de quatre députés en 1962, la classe politique, au Cameroun Oriental, avait continué à se vider de toutes les personnalités qui se manifestaient, de manière autonome, depuis les élections législatives du 23 décembre 1956. Toutes, à quelques exceptions près, s’étaient retrouvées en prison, ou allaient y entrer.

Même les personnalités ayant aidé Ahmadou Ahidjo à conforter son pouvoir, allaient connaître ce sort. Tel était le cas de Daniel Kemajou, qui lui avait été d’un grand secours au moment de l’éviction d’André-Marie Mbida ; tel était également le cas d’Okala Charles, qui avait défendu son point de vue aux Nations Unies, lors du débat sur l’indépendance en 1959.

Parallèlement à ces arrestations de leaders, les militants des autres partis politiques que le sien étaient pourchassés par l’administration partout où ils tentaient de se manifester, à la différence de ceux de l’Union Camerounaise. Bien mieux, les militants de lUC connaissaient quotidiennement des promotions spectaculaires dans l’administration. Le slogan de l’UC était ainsi rapidement devenu : « le parti qui permet de boire de la bonne eau fraîche ».

Le président Ahidjo avait de ce fait introduit une arme redoutable pour terrasser toutes les personnes qui contestaient son pouvoir : l’arme alimentaire. Elle était si efficace que, c’est quotidiennement que Radio Yaoundé annonçait des ralliements spectaculaires à l’Union Camerounaise. La situation était devenue telle, en 1966, au Cameroun Oriental, que l’Union Camerounaise était devenue la seule formation politique en activité. Bien mieux, elle s’était mise à bénéficier, ouvertement, des fonds de l’Etat, du personnel de celui-ci, et de sa logistique, etc. Elle était pratiquement devenue l’Etat bis.

Les présidents de section de l’UC, dans les départements, étaient même devenus, de ce fait, infiniment plus puissants et plus craints, que toutes les autres autorités administratives : préfets, présidents de tribunaux, commissaires de police, etc…
Au Cameroun Occidental, la situation était quelque peu différente. Là-bas, le président Ahidjo faisait preuve de quelques scrupules à agir de manière identique qu’au Cameroun Oriental. Il avait pour cela plutôt choisi la ruse. Il avait entrepris d’exacerber au plus haut point la rivalité John Ngu FonchaTandeng Muna.

Le premier était naturellement le véritable leader de cette partie du pays. Le second, quant à lui, était nettement moins populaire, mais néanmoins influent. Le président Ahidjo avait donc procédé à la promotion de Tandeng Muna, au détriment de John Ngu Foncha. Le KNDP de John Ngu Foncha était alors entré dans une spirale de démissions spectaculaires et en séries, comme il s’en produisait au Cameroun Oriental, tandis que le CUC de Tandeng Muna, quant à lui, conservait intacte ses militants. Pour tout dire, la situation était rapidement devenue intenable pour John Ngu Foncha.

Lorsque Ahmadou Ahidjo, par conséquent, persistait dans son projet de formation d’un parti « unifié » – il n’osait guère, par pudeur, prononcer le terme « unique » – John Ngu Foncha n’avait plus de choix. Il s’était retrouvé obligé, par réalisme, d’y adhérer, ou alors de disparaître politiquement, d’autant que le président Ahidjo lui proposait de devenir l’un des vice-présidents de ce nouveau parti en gestation, promu par l’administration et destiné à rapidement acquérir une envergure nationale. John Ngu Foncha confiera plus tard à l’auteur de ces lignes, en 1983 à Paris, devant d’autres étudiants camerounais, alors que nous l’interrogions sur son rôle dans l’instauration d’un régime de terreur au Cameroun, que :

« I had no choice, because he began to buy my people » (je n’avais pas le choix, il s’était mis à acheter mes militants ; le « il » dont nous parlait Foncha étant, bien entendu, Ahmadou Ahidjo).

Tandeng Muna, également, n’avait véritablement pas de choix. S’il n’adhérait pas à cette formation politique en gestation, il aurait, lui aussi, été purement et simplement écarté de la vie politique ; il voyait bien comment Ahmadou Ahidjo s’y était pris avec tous les leaders politiques du Cameroun Oriental : prison, exil, assassinat.

En tout cas, dans la phase finale de la réalisation de son dessein, le président Ahidjo avait créé le 27 avril 1962, un Comité Paritaire de Coordination, Union Camerounaise–Kamerun National Democratic Party, UC-KNDP, destiné à entamer la procédure de fusion des deux partis, et de la disparition de tous les autres.

Le 1er septembre 1964, le Comité Paritaire s’était transformé en Comité de Coordination, tout court.
Au cours d’une réunion organisée du 21 au 22 mai 1966, il avait été décidé, finalement, la création d’un « vaste rassemblement politique au niveau fédé-ral ».

Le 11 juin 1966, le président Ahidjo avait réuni les délégués des trois partis du Cameroun Occidental, qu’il s’est bien gardé de jeter en prison, ainsi qu’il l’avait fait des militants des partis politiques du Cameroun Oriental, plus ceux de son propre parti, l’Union Camerounaise, UC. S’étaient ainsi retrouvés, les délégués de l’UC, du KNDP, Kamerun National Democratic Party, du CUC, Cameroon United Congress, et du CPNC, Cameroon People National Congress.

Ordre du jour de la réunion ? 

La dissolution, pure et simple, des différents partis politiques camerounais, au profit du nouveau qui était en train de voir le jour, l’Union Nationale Camerounaise, UNC. Un Comité Directeur Provisoire, avait été chargé de diriger le nouveau parti jusqu’à son premier congrès.

Le 23 juillet 1966, ce Comité Directeur Provisoire avait adopté les statuts de l’UNC. Il avait, le même jour, invité tous les partis ayant adhéré à l’UNC à tenir leur congrès de dissolution et d’approbation de ces statuts. Enfin, le Comité Directeur Provisoire, avait décidé, au cours de la même réunion, que le 1er septembre 1966, tout le processus de disparition des autres partis politiques devait être achevé.

Le 1er septembre 1966, l’Union Nationale Camerounaise, Unc, avait ainsi vu le jour. La veille, au soir, Ahmadou Ahidjo s’était adressé à la nation, pour se défendre d’instaurer la dictature au Cameroun. A partir de cette date, le Cameroun était entré dans une terrible dictature. Jusqu’à son départ du pouvoir, il n’y avait ni presse d’opposition, ni partis d’opposition, ni syndicat autonome, etc. Tout citoyen camerounais était susceptible de gagner la prison à tout moment, pour « subversion ».

La police politique était à la fois omniprésente et omnipotente, et pouvait anéantir la vie de n’importe quel individu à n’importe quel moment. Ses agents se retrouvaient partout, dans les avions de la Cameroon Airlines – dont la moitié des stewards en faisaient partie – dans les ambassades à l’étranger, dans les établissements scolaires, dans les églises et les mosquées où les prêches étaient analysés, etc. Bref, le Cameroun était entré dans la nuit de la terreur policière…

LA TERRIBLE ORDONNANCE DE 1962 CONTRE LA SUBVERSION :

Cette terreur policière était basée sur le droit. Le 18 mars 1962, Ahmadou Ahidjo avait signé sa terrible ordonnance portant répression de la subversion et qui avait anéanti la contestation légale au Cameroun, tué la presse, tué les syndicats, tué les partis politiques autres que le sien :

Article 1 : Quiconque aura, par quelque moyen que ce soit, incité à résister à l’application des lois, décrets, règlements ou ordre de l’autorité publique, sera puni d’un emprisonnement de trois mois et d’une amende de 100.000 à 1 million de francs ou l’une de ces deux peines seulement.

Article 2 : Quiconque aura, par quelque moyen que ce soit, porté atteinte au respect dû aux autorités publiques, ou incité à la haine contre le gouvernement de la République Fédérale ou des Etats fédérés ou participé à une entreprise de subversion dirigée contre les autorités et les lois de ladite République ou des Etats fédérés, ou encouragé cette subversion, sera puni d’un emprisonnement de un à cinq ans et d’une amende de 200.000 à 2 millions de francs ou l’une de ces deux peines seulement, sans préjudice, s’il y a lieu, des peines plus fortes prévues par les lois et décrets en vigueur.

Article 3 : Quiconque aura, soit émis ou propagé des bruits, nouvelles ou rumeurs mensongers, soit assortis de commentaires tendancieux des nouvelles exactes, lorsque ces bruits, nouvelles, rumeurs ou commentaires sont susceptibles de nuire aux autorités publiques, sera puni des peines prévues à l’article 2.

Article 4 : En cas de récidive, la peine de prison est toujours prononcée. Si l’auteur de l’infraction est fonctionnaire, agent ou employé d’un service public ou militaire, le tribunal pourra le déclarer à jamais incapable d’exercer aucune fonction publique »

Regardsurlafrique Par Dieudonné Enoh

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