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Comment les hommes politiques esquivent leur responsabilité sur le terrorisme

Comment les hommes politiques esquivent leur responsabilité sur le terrorisme

Comment les hommes politiques esquivent leur responsabilité sur le terrorisme

L’ouvrage de Patrick Cockburn : « Chaos and Caliphate: Jihadis and the West in the Struggle for the Middle East » est publié ce mois-ci chez OR Books.

Après la capture de Salah Abdeslam, considéré comme le seul organisateur survivant du massacre de Paris, les médias se concentrent à nouveau sur la menace d’une attaque terroriste par l’Etat islamique. On s’interroge sur les raisons qui ont permis à l’homme le plus recherché d’Europe d’échapper si longtemps à la police, alors qu’il vivait dans son quartier natal de Molenbeek, à Bruxelles. La télévision et les journaux demandent nerveusement si l’Isis a des chances de perpétrer une autre atrocité visant à monopoliser les médias et à montrer qu’il est toujours aux manettes.

4 mars 2016 : François Hollande remet (discrètement) la légion d'honneur au Prince Mohammed bin Nayef bin Abdelaziz Al Saoud, prince héritier, vice-président du Conseil des ministres et ministre de l'Intérieur d'Arabie Saoudite

4 mars 2016 : François Hollande remet (discrètement) la légion d’honneur au Prince Mohammed bin Nayef bin Abdelaziz Al Saoud, prince héritier, vice-président du Conseil des ministres et ministre de l’Intérieur d’Arabie Saoudite

La relation des événements à Bruxelles est conforme à celle qui a prévalu après les attaques de Janvier (Charlie Hebdo) et Novembre à Paris, et les assassinats sur la plage tunisienne, par Isis, l’année dernier. Pendant plusieurs jours la couverture médiatique est allée bien au-delà de ce qui est nécessaire pour relater les développements. Puis l’attention se déplace brusquement ailleurs et Isis devient l’histoire d’hier, traitée comme si le mouvement avait cessé d’exister ou du moins avait perdu sa capacité d’affecter nos vies.

Ce n’est pas comme si Isis avait cessé de tuer des gens en grand nombre depuis le massacre à Paris le 13 novembre ; c’est plutôt parce qu’il ne le fait pas en Europe. J’étais à Bagdad le 28 février quand deux kamikazes sur des motos se sont fait exploser dans un marché du téléphone mobile en plein air à Sadr City, tuant 73 personnes et blessant plus de 100. Le même jour, des dizaines de combattants d’Isis montés sur des pick-ups dont l’arrière était équipé de mitrailleuses lourdes ont attaqué des postes militaires et de la police à Abu Ghraib, site de la célèbre prison à la périphérie ouest de Bagdad. Il y eut une première attaque d’au moins quatre kamikazes, l’un fonçant dans une caserne avec un véhicule bourré d’explosifs, et les combats ont duré pendant plusieurs heures autour d’un silo à grains en flammes.

Le monde extérieur a à peine remarqué ces événements sanglants parce qu’ils semblent faire partie de l’ordre naturel en Irak et en Syrie. Mais le nombre total d’Irakiens tués par ces deux attaques – et un autre double attentat-suicide dans une mosquée chiite dans le quartier Shuala de Bagdad quatre jours plus tôt – fut presque le même que les 130 personnes qui sont mortes par la main d’Isis à Paris en novembre dernier.

Dans l’esprit des gens, en Europe, il n’y pas de lien entre les guerres en Irak et en Syrie et les attaques terroristes contre les Européens. Ceci est dû en partie au fait que Bagdad et Damas sont des lieux exotiques et effrayants, et les images des lendemains d’attentats à la bombe sont la norme depuis l’invasion américaine de 2003. Mais il y a une raison plus insidieuse au fait que les Européens ne prennent pas suffisamment en compte la connexion entre les guerres au Moyen-Orient et la menace pour leur propre sécurité. Cet écart va largement dans le sens des intérêts des dirigeants politiques occidentaux, car cela signifie que le public ne voit pas que leurs politiques désastreuses en Irak, Afghanistan, Libye et au-delà créent les conditions pour la montée de l’Isis et pour les gangs terroristes tels celui auquel appartenait Salah Abdeslam.

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Le déferlement de deuil officiel qui suit généralement les atrocités, comme la marche de 40 leaders mondiaux dans les rues de Paris après les meurtres de Charlie Hebdo l’année dernier, aide à neutraliser toute idée que les échecs politiques de ces mêmes dirigeants pourraient être dans une certaine mesure responsables des massacres. Après tout, ces marches sont généralement organisées par les impuissants pour protester et montrer leur défi, mais dans ce cas, la marche a simplement servi de coup publicitaire pour détourner l’attention de l’incapacité de ces dirigeants à agir efficacement et à arrêter les guerres au Moyen-Orient, qu’ils ont en grande partie provoquées.

Un aspect étrange de ces conflits est que les dirigeants occidentaux n’ont jamais dû payer le moindre prix politique pour leur rôle dans leur déclenchement et dans la poursuite de politiques qui ont attisé effectivement la violence. Isis monte en puissance en Libye, ce qui ne serait pas arrivé si David Cameron et Nicolas Sarkozy n’avaient pas aidé à détruire l’Etat libyen en renversant Kadhafi en 2011. Al-Qaïda est en pleine expansion au Yémen, où les dirigeants occidentaux ont donné un laissez-passer à l’Arabie Saoudite pour lancer une campagne de bombardement qui détruit le pays.

Après le massacre à Paris l’année dernière, il y eut un flot de soutien émotionnel pour la France et peu de critiques de la politique française en Syrie et en Libye, bien qu’elle ait été à l’avantage d’Isis et autres mouvements salafistes jihadistes depuis 2011.

Il est utile de citer Fabrice Balanche, cartographe français et expert sur la Syrie qui travaille maintenant pour l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, sur ces perceptions erronées en France, même si elles sont également applicables à d’autres pays. Il a dit à Aron Lund, de la Fondation Carnegie pour la paix internationale :

« Les médias ont refusé de voir la révolte syrienne comme quelque chose de différent que la continuation des révolutions en Tunisie et en Egypte, à un moment d’enthousiasme pour le Printemps arabe. Les journalistes n’ont pas compris les subtilités partisanes en Syrie, ou peut-être qu’ils ne veulent pas comprendre ; j’ai été censuré à maintes reprises.

« Les intellectuels syriens dans l’opposition, dont beaucoup ont été en exil pendant des décennies, avaient un discours similaire à celui de l’opposition irakienne lors de l’invasion américaine de 2003. Certains d’entre eux confondent honnêtement leurs propres espoirs pour une société non confessionnelle avec la réalité, mais d’autres – comme les Frères musulmans – ont tenté de masquer la réalité afin d’obtenir le soutien des pays occidentaux.

« En 2011-2012, nous avons subi un type de maccarthysme intellectuel sur la question syrienne : si vous disiez que Assad n’était pas sur le point de tomber dans les trois mois, vous étiez soupçonné d’être payé par le régime syrien. Et avec le ministère français des Affaires étrangères ayant pris fait et cause pour l’opposition syrienne, il eut été de mauvais goût de contredire ses communiqués. »

En soutenant la cause des oppositions syrienne et libyenne et en détruisant les Etats syrien et libyen, la France et la Grande-Bretagne out ouvert la porte à l’Isis et devraient partager la responsabilité de la montée de l’Isis et du terrorisme en Europe. En refusant d’admettre ou d’apprendre des erreurs du passé, les Européens de l’Ouest ont fait peu pour jeter les bases de la « cessation des hostilités » actuelle et étonnamment réussie en Syrie, qui est presque entièrement une réalisation américaine et russe.

La Grande-Bretagne et la France sont restées bloquées sur les positions de l’Arabie Saoudite et des monarchies du Golfe dans leur politique à l’égard de la Syrie. J’ai demandé à un ancien négociateur pourquoi il en était ainsi et il a sèchement répondu : « L’argent. Ils voulaient des contrats saoudiens. » Après la capture de Salah Abdeslam, on parle de défaillances de sécurité qui lui ont permis de se soustraire à son arrestation pendant si longtemps, mais c’est largement inapproprié car les attaques terroristes vont continuer à se produire aussi longtemps qu’Isis reste une puissance. Une fois encore, la couverture médiatique permet aux gouvernements occidentaux d’échapper à la responsabilité d’une défaillance sécuritaire bien pire, celle de leurs propres politiques désastreuses.

Source : The Independant

Traduction : MR pour ISM

source: http://www.ism-france.org/analyses/Comment-les-hommes-politiques-esquivent-leur-responsabilite-sur-le-terrorisme-Les-gouvernements-francais-et-britannique-ont-permis-a-l-ISIS-de-se-developper-mais-les-medias-les-en-dedouanent-article-19948?ml=true

http://reseauinternational.net/comment-les-hommes-politiques-esquivent-leur-responsabilite-sur-le-terrorisme/

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