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Trois membres de Veteran Intelligence Professionals for Sanity : Ray McGovern, ancien analyste de la CIA (à gauche), William Binney, ancien directeur technique de la NSA (au centre) et Thomas Drake, ancien cadre supérieur de la NSA (à droite). (Crédit pour toutes les photos : domaine public)

Trois membres de Veteran Intelligence Professionals for Sanity : Ray McGovern, ancien analyste de la CIA (à gauche), William Binney, ancien directeur technique de la NSA (au centre) et Thomas Drake, ancien cadre supérieur de la NSA (à droite). (Crédit pour toutes les photos : domaine public)

« Nous savons que vos conseillers tendent à ignorer dangereusement les capacités et les intentions de la Russie »

  • « Des unités navales et aériennes russes équipées de missiles sont maintenant déployées en nombre sans précédent pour combattre ceux qui sont tentés d’interférer dans les opérations des forces syriennes et russes visant à éliminer les terroristes de Idlib »

MEMORANDUM POUR : Le président

DE : Veteran Intelligence Professionals for Sanity

OBJET : Moscou a fait monter les enchères en Syrie

Monsieur le Président :

Nous craignons que vous n’ayez pas été suffisamment informés de la reprise des hostilités dans le nord-ouest de la Syrie, où les forces armées syriennes, avec l’appui de la Russie, ont lancé une campagne complète pour reprendre la province d’Idlib infestée par Al-Nusra/al-Qaida/ISISIS.  Il est presque certain que les Syriens réussiront, comme ils l’ont fait fin 2016 à Alep.  Comme à Alep, cela signifiera un carnage indescriptible, à moins que quelqu’un ne dise enfin aux insurgés que leur cause est une cause perdue.

Ce quelqu’un, c’est vous. Les Israéliens, les Saoudiens et d’autres qui veulent que les troubles durent indéfiniment, égarent les insurgés, leur assurant que vous, Monsieur le Président, allez utiliser les forces américaines pour les protéger à Idlib, et peut-être même que vous allez faire pleuvoir l’enfer sur Damas. Nous pensons que vos principaux conseillers encouragent les insurgés à penser en ces termes, et que vos principaux collaborateurs sont en train de vouloir transformer votre récente politique de retrait des troupes de Syrie en guerre indéfinie.

Il y a une grosse différence cette fois

Des unités navales et aériennes russes équipées de missiles sont maintenant déployées en nombre sans précédent pour combattre ceux qui sont tentés d’interférer avec les actions des forces syriennes et russes qui tentent d’éliminer les terroristes d’Idlib. Nous supposons que vous en avez été informé, du moins dans une certaine mesure. Plus important encore, nous savons que vos conseillers ont tendance à mépriser dangereusement les capacités et les intentions russes.

Nous ne voulons pas que vous soyez surpris lorsque les Russes commenceront à tirer leurs missiles. La perspective d’hostilités directes entre la Russie et les États-Unis en Syrie n’a jamais été aussi forte. Nous ne sommes pas sûrs que vous le sachiez.

La situation est d’autant plus instable que les dirigeants du Kremlin ne savent pas exactement qui dirige les opérations à Washington.  Ce n’est pas la première fois que le Président Poutine rencontre une telle incertitude (voir brève annexe ci-dessous).  C’est cependant la première fois que les forces russes se déploient en si grand nombre dans la région, prêtes à se battre. Les enjeux sont très élevés.

Nous espérons que John Bolton vous a donné une description exacte de ses entretiens acerbes avec son homologue russe à Genève il y a quelques semaines. À notre avis, il y a fort à parier que le Kremlin n’est pas certain que Bolton parle fidèlement en votre nom, ou s’il a pris la liberté de parler en son « PROPRE » nom.

La meilleure façon de garantir à M. Poutine que vous contrôlez la politique des États-Unis à l’égard de la Syrie serait que vous cherchiez rapidement une occasion de prendre la parole publiquement, en précisant vos intentions. Si vous souhaitez une guerre plus large, Bolton vous a mis sur la bonne voie.

Si vous souhaitez calmer les choses, vous devriez peut-être envisager ce que l’on pourrait appeler un cessez-le-feu préventif. Nous entendons par là un engagement public des présidents des États-Unis et de la Russie à renforcer les procédures pour empêcher un affrontement ouvert entre les forces armées américaines et russes. Nous pensons que, dans les circonstances actuelles, ce genre de mesure extraordinaire est maintenant nécessaire pour éviter une guerre plus large.

 Pour le Comité directeur VIPS, signé :

William Binney, ancien directeur technique, Analyse géopolitique et militaire mondiale, NSA ; co-fondateur, SIGINT Automation Research Center (ret.)

Marshall Carter-Tripp, agent du service extérieur (à la retraite) et directeur de division, Bureau du renseignement et de la recherche du Département d’État

Philip Giraldi, responsable des opérations de la CIA (à la retraite)

James George Jatras, ancien diplomate américain et ancien conseiller en politique étrangère auprès des dirigeants républicains du Sénat (Associé VIPS)

Michael S. Kearns, capitaine, US Air Force, officier du renseignement et ancien maître instructeur SERE (à la retraite)

John Kiriakou, ancien responsable de la lutte contre le terrorisme de la CIA et ancien enquêteur principal, Comité sénatorial des relations extérieures

Matthew Hoh, ancien capitaine, USMC Irak ; Agent du service extérieur, Afghanistan (associé VIPS)

Edward Loomis, NSA Cryptologic Computer Scientist (ret.)

Linda Lewis, analyste des politiques de préparation aux ADM, USDA (ret) (Associé VIPS)

David MacMichael, agent principal des prévisions budgétaires, Conseil national du renseignement (ret.)

Ray McGovern, officier du renseignement de l’armée / de l’infanterie et briefer présidentiel de la CIA (à la retraite)

Elizabeth Murray, adjointe du renseignement national pour le Proche-Orient, National Intelligence Council (à la retraite)

Todd E. Pierce, MAJ, avocat de l’armée américaine (ret.)

Coleen Rowley, agent spécial du FBI et ancienne conseillère juridique de la division de Minneapolis (ret.)

Ann Wright, colonel de réserve de l’armée américaine à la retraite et ancien diplomate américain qui a démissionné en 2003 en opposition à la guerre en Irak

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Annexe :

12 septembre 2016 : un cessez-le-feu limité entre en vigueur ; les dispositions comprennent la séparation des rebelles « modérés » des autres. Le secrétaire John Kerry avait auparavant affirmé qu’il avait « affiné » les moyens d’accomplir la séparation, mais cela ne s’est pas produit. Les dispositions comprenaient également l’accès sécurisé des secours pour Alep.

17 septembre 2016 : Des bombes de l’armée de l’air américaine sont larguées sur les positions de l’armée syrienne, tuant entre 64 et 84 soldats syriens ; une centaine d’autres sont blessés – une preuve suffisante pour convaincre les Russes que le Pentagone était résolu à saborder une coopération significative avec la Russie.

26 septembre 2016 : On peut supposer que ce que Lavrov a dit à son patron en privé est proche de ce qu’il a dit de manière inhabituelle sur la chaîne russe NTV le 26 septembre. (Faisant des remarques publiques frôlant l’insubordination, de hauts responsables du Pentagone avaient, quelques jours auparavant, fait preuve d’un scepticisme inhabituellement ouvert sur des aspects clés de l’accord Kerry-Lavrov – comme le partage de renseignements avec les Russes (une disposition clé de l’accord approuvé à la fois par Obama et Poutine).   Voici ce que Lavrov a dit le 26 septembre :

 « Mon bon ami John Kerry … est vivement critiqué par la machine militaire américaine. Malgré le fait que, comme toujours, [ils] aient donné l’assurance que le commandant en chef américain, le président Barack Obama, l’avait soutenu dans ses contacts avec la Russie (il l’a confirmé lors de sa rencontre avec le président Vladimir Poutine), les militaires n’écoutent apparemment pas vraiment le commandant en chef ».

Lavrov est allé au-delà de la simple rhétorique. Il a également critiqué en particulier le président de JCS, Joseph Dunford, pour avoir dit au Congrès qu’il s’opposait au partage du renseignement avec la Russie,  » après les accords conclus sur ordre direct du président russe Vladimir Poutine et du président américain Barack Obama qui stipulaient que les deux parties se partageraient le renseignement. … Il est difficile de travailler avec de tels partenaires. …”

27 octobre 2016 : Poutine prend la parole au club de discussion international de Valdaï
A Valdaï, le président russe Poutine a parlé de l’état  » fébrile  » des relations internationales et s’est lamenté : « Mes accords personnels avec le Président des États-Unis n’ont pas donné de résultats. » Il s’est plaint de ce que  » les gens à Washington sont prêts à tout faire pour empêcher que ces accords ne soient mis en pratique  » et, se référant à la Syrie, a dénoncé l’absence d’un  » front commun contre le terrorisme après ces longues négociations, ces efforts énormes et ces compromis difficiles « .

Le groupe Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS) est composé d’anciens agents de renseignement, diplomates, officiers de l’armée et membres du Congrès. L’organisation, fondée en 2002, a été parmi les premiers à critiquer les justifications de Washington pour lancer une guerre contre l’Irak. VIPS préconise une politique étrangère et de sécurité nationale américaine fondée sur de véritables intérêts nationaux plutôt que sur des menaces fallacieuses promues pour des raisons essentiellement politiques. Une archive des mémorandums VIPS est disponible sur Consortiumnews.com.

Source:https://russia-insider.com/en/ex-us-intel-officers-warn-trump-over-syria-attack-dont-be-surprised-when-russians-start-firing-their

Traduction Avic – Réseau International

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