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Génocide rwandais et pouvoir victimaire

Génocide rwandais et pouvoir victimaire

Selon Napoléon Bonaparte l’Histoire serait « une suite de mensonges sur lesquels on est d’accord. » Celle du Rwanda ne fait pas exception. La version sur laquelle les médias français s’accordent — en évoquant un génocide perpétré par les méchants Hutu contre les gentils Tutsi — est seulement celle des vainqueurs, ceux à qui on ne demande jamais s’ils ont dit la vérité. Dans un documentaire récent, Julien Tiel et Paul-Eric Blanrue présentent au public francophone une alternative renversante qui, en abordant la question clé : « à qui profite le crime ? », met justement en cause les vainqueurs. Résumant avec efficacité un large courant de réflexion né au tournant du siècle mais connu surtout du public anglo-saxon car particulièrement occulté dans les médias français, le documentaire décrit en pointillé une manipulation que nous peinons à concevoir tellement ses procédés sont diaboliques. Ils tirent en effet avantage de ce que, depuis toujours, les humains se font un devoir sacré : la sollicitude envers les victimes. Afin de dégager l’innommable logique sous-jacente nous ferons appel à une version sensiblement évoluée et radicalement subversive de l’anthropologie sacrificielle de René Girard. Placé dans cette perspective, le schéma victimaire devrait alors apparaître comme la pire « des choses cachées depuis la fondation du monde »…

Introduction

Dès que la tragédie rwandaise a été connue au printemps 1994, un tout nouveau magazineMaintenant en a proposé une lecture claire, nette et… conspirationniste que j’ai immédiatement faite mienne. A rebours des principaux médias français, l’interprétation proposée mettait d’emblée en cause la Françafrique en tant que néocolonialisme prompt à soutenir les pires dictatures si cela peut servir les intérêts économiques des grands groupes français [1] ou les intérêts stratégiques de la nation.

La France y apparaissait donc outrageusement compromise par un soutien fidèle au gouvernement rwandais de Juvénal Habyarimana en dépit d’avertissements tel que celui de Georges Martres, ambassadeur de France au Rwanda qui, dès octobre 1990, s’était fait l’écho auprès du Quai d’Orsay et de la Présidence des craintes de génocide d’ores et déjà évoquées par « la population rwandaise d’origine tutsi ».

Bien qu’acteurs de ce qui est apparu comme un génocide, le pouvoir et les populations hutu semblaient avoir conservé le soutien bienveillant de Paris durant toutes les phases du massacre, c’est-à-dire, aussi bien avant, pendant qu’après ; la tardive intervention française dite « opération Turquoise  », ayant en effet été accusée d’avoir eu pour but premier de protéger des populations hutu au sein desquelles des génocidaires ont pu se cacher.

Par la suite, la version officielle livrée en 1998 par l’enquête parlementaire dite rapport Quilès a, sans surprise, exonéré la France de toute responsabilité mais du point de vue conspirationniste anticolonialiste que j’avais adopté, il ne pouvait s’agir que d’un écran de fumée.

Cette impression s’est trouvée corroborée par de nombreux auteurs — en particulier l’entomologiste Jean-Paul Goûteux de l’association Survie. Avec un incontestable succès d’audience, leurs livres ont offert une critique ravageuse de la couverture médiatique des évènements, notamment par Le Monde et Libération, en pointant ce que l’on pourrait appeler une forme de « soumission à l’autorité  » militaire !

Quoi qu’il en soit, la représentation collective du génocide rwandais s’est progressivement organisée autour d’un tableau assez classique de complicité de fait de l’Etat français avec le pouvoir hutu, ne serait-ce que par cécité ou laissez-faire.

La lecture présentée dès l’origine par le magazine Maintenant est ainsi devenue LA « vérité » rwandaise pour la grande majorité de l’opinion publique bienpensante, c’est-à-dire, celle qui croit encore que les médias français l’informent davantage qu’ils ne la désinforment.

Les années ont passé mais les choses en sont grosso modo restées là en dépit des controverses qui affleurent encore régulièrement dans l’actualité, à l’occasion notamment de l’enquête judiciaire toujours en cours côté français ou des tensions diplomatiques induites par les accusations réciproques entre Kigali et Paris.

En ce qui me concerne, même les révolutions conceptuelles alterconspirationnistes [2] issues du 11 septembre 2001 n’y ont rien changé : au sujet du Rwanda, je suis resté jusqu’à tout récemment un parfait naïf satisfait d’avoir gobé tout rond, avec application et constance ce qui, nous allons le voir, était, selon toute vraisemblance, une monstrueuse machination.

Il a fallu la vidéo de Julien Tiel et Paul-Eric Blanrue pour que, tout d’un coup, l’ensemble de mes représentations du génocide rwandais basculent en faveur d’une alternative qui a l’immense avantage d’offrir enfin une réponse plausible à la fameuse question « à qui profite le crime ? » ; la défense de l’emprise française en Afrique apparaissant en définitive un motif assez fragile pour expliquer la collaboration même passive de la France à un génocide dans un pays sans intérêt stratégique ou économique.

C’est cette version des faits que je voudrais non pas présenter mais seulement esquisser en suivant la ligne argumentative de la vidéo en question. Mon objectif ne sera donc pas d’argumenter pour convaincre.

Il s’agira avant tout d’informer les lecteurs aussi naïfs que je l’ai été de l’existence d’une autre vision des faits qui, bien plus cohérente et plus plausible, mérite d’autant plus d’être examinée qu’elle met au jour un invariant anthropologique tout à la fois archaïque, omniprésent et méconnu, donc, terriblement efficace puisque rien ne vient lui faire obstacle [3]. Je veux parler de la stratégie d’accès au pouvoir victimaire par le sacrifice de soi délibéré sous les coups d’un bourreau qu’on aura soi‑même fabriqué. C’est le dégagement de ce fait anthropologique fondamental qui, en définitive, constitue l’objectif véritable du présent article.

Plan

La première partie de l’article présentera une nouvelle vision de la tragédie rwandaise à partir dudocumentaire de Tiel et Blanrue. Dans la deuxième partie, nous plaçant dans le contexte de la théorie sacrificielle de René Girard, nous tenterons d’analyser le tableau en question pour parvenir à la troublante conclusion selon laquelle le meilleur moyen de prendre l’ascendant sur des groupes humains petits ou grands a toujours été et reste encore celui consistant à (se faire) passer pour une parfaite victime, d’une manière ou d’une autre, quitte à se faire soi-même violence.

Nous serons donc finalement confronté au sacré sous son apparence la plus terrible, celle du sacrifice absolu qui, chez les peuples de l’antiquité, consistait à sacrifier aux dieux la chair de sa chair afin d’obtenir l’accomplissement d’un désir plus cher encore.

 

L’hypothèse de « l’histoire truquée »

Dans ce qui suit, je vais résumer l’histoire du génocide en suivant le documentaire de Tiel & Blanrue au travers de ce qu’on pourrait appeler un « synopsis augmenté » car j’ai cru devoir y ajouter quelques éléments qui m’ont semblé cruciaux ou particulièrement éclairants.

En guise de préambule, rappelons qu’en dépit des vingt années déjà écoulées, nous ne savons toujours pas ce qui s’est passé exactement au Rwanda [4] mais qu’il existe néanmoins quelques éléments contextuels sur lesquels tout le monde s’accorde grosso modo :

i.L’origine coloniale de la discrimination raciale

Les colons belges ont radicalisé sur un mode racial l’organisation féodale pluricentenaire de la société rwandaise au sein de laquelle les éleveurs (principalement membres de la minorité tutsi) avaient un statut de privilégiés. Les tutsi, mis au service de l’autorité coloniale ont ainsi conservé privilèges et pouvoir sur une majorité d’agriculteurs (principalement hutu).

ii.La décolonisation libère les tensions interraciales

En amenant au pouvoir la majorité hutu, la démocratisation entraîne une bascule du pouvoir qui s’accompagne fatalement de tensions interethniques.

iii.Le nouveau pouvoir hutu est source de violence sur les tutsi

Dès 1959, différents épisodes de violence (on parlera même de guerre civile) amèneront des massacres de Tutsi et plusieurs vagues de fuites en masse vers les pays avoisinants [pour un total estimé à 500.000 Tutsi réfugiés]. [Notons qu’au Burundi, pays voisin présentant la même organisation sociale, des massacres de Hutu ont lieu en 1972 en représailles de leurs tentatives de renversement du pouvoir tutsi. Ceci alarme fortement la population hutu du Rwanda.]

iv.En 1973, le coup d’état d’Habyarimana change la donne

Bien qu’étant perçu comme un dictateur, le nouveau président Habyarimana a des principes et il n’est pas anti-tutsi. Grâce à lui ces derniers retrouvent une certaine légitimité, un accès, certes limité, aux établissements d’enseignement et surtout, une relative liberté de commercer et de s’enrichir. En 1990, alors que le Rwanda est plutôt bien vu de l’Occident et se prépare à passer au multipartisme, le problème lancinant des réfugiés rwandais resurgit…

 

Venons à présent aux principaux éléments mis en avant dans le documentaire de Teil & Blanrue  :

v.Tout commence le 1er octobre 1990…

…quand le FPR (Front Patriotique Rwandais) formé par les exilés tutsi envahit le Rwanda alors que le président Juvénal Habyarimana est en visite de travail aux Etats-Unis.

vi.Paul Kagamé est soutenu par les Etats-Unis

Le chef de la rébellion tutsi, Paul Kagamé, a été formé aux Etats-Unis, dans l’école de guerre de Fort Leavenworth, au Kansas. Il est parrainé par le président de l’Ouganda, Yoweri Museveni, qui lui assure des relations privilégiées avec les USA, la Grande-Bretagne etc.

 

vii.Un génocide est d’ores et déjà annoncé

Selon Péan, les rebelles tutsi avaient parfaitement compris comment fonctionnait la politique internationale : avant même le premier coup de feu, ils ont fait du lobbying auprès des associations de droits de l’homme et ONGs pour donner à croire qu’ils étaient victimes de génocide.

Le 28 janvier 1993, une coalition d’ONGs produit un pré-rapport qui accuse la France et le gouvernement rwandais de mener un politique de génocide, de purification ethnique, de crime contre l’humanité, etc. C’est donc dès le début, bien avant le déclenchement des massacres que le mot génocide est employé par les futures victimes et ceux qui, d’ores et déjà, les soutiennent en tant que telles.

Toujours selon Péan, Jean Carbonare, président de l’association Survie est un « pro » de la propagande qui, lors d’un interview sur Antenne 2, lancera très tôt l’idée que la France a tout à se reprocher alors qu’il est lui-même associé au FPR de Kagamé, ce dont, bien sûr, il ne dit mot.

viii.Les accords d’Arusha sont très favorables à la minorité tutsi

Le 4 août 1993 les accords d’Arusha établis entre, d’une part, le gouvernement rwandais et, d’autre part, le FPR — coaché par Joyce Leader, la déléguée étasunienne n°2 de l’ambassade US à Kigali — livrent 50% du pouvoir à la minorité tutsi et affaiblissent donc considérablement le pouvoir hutu d’Habyarimana.

ix.Mais les prochaines élections redonneront fatalement les pleins pouvoirs à la majorité hutue.

Aussi défavorables qu’ils soient, le président Habyarimana a accepté de signer ces accords car ils ne valent que jusqu’aux prochaines élections. Dans moins de deux ans, les Hutu, qui représentent 90% de la population, reprendront inévitablement le pouvoir.

x.Or, Paul Kagamé veut lui aussi l’intégralité du pouvoir.

Il ne peut donc se satisfaire de ce statu quo aussi favorable qu’il soit à la minorité tutsi car il n’est que provisoire. Kagamé se devait d’agir.

xi.L’attentat contre le président Habyarimana déclenche le génocide

Tout le monde s’accorde sur ce point : l’attentat du 6 avril 94 au cours duquel l’avion du président Habyarimana est abattu est le facteur déclenchant du génocide.

xii.Les associations (ONG) tentent de focaliser l’attention sur le génocide lui-même.

Tout se passe comme si les associations avaient tenté de faire passer l’attentat à l’arrière-plan pour porter exclusivement l’attention sur les massacres qui s’ensuivent. Semblant ainsi éluder la question clé qui est de savoir qui est à l’origine de l’attentat.

xiii.Kagamé serait le commanditaire

Le Colonel de la gendarmerie française, Michel Robardey, assistant technique de la police judiciaire du Rwanda jusqu’au retrait de la mission française en 1993, rappelle que, dans un interview de la BBC, Kagamé a déjà reconnu, au moins implicitement, qu’il avait tué Habyarimana.

En 1996, les Nations Unies lancent une enquête dirigée par l’avocat australien Michael Hourigan qui, la même année, livre des conclusions claires grâce aux témoignages très précis de trois anciens membres du FPR.

Ce serait une cellule interne au FPR appelée « le réseau » qui aurait mobilisé plusieurs équipes le 6 avril 1994 afin d’abattre l’avion du président rwandais.

Dès qu’il obtient ces informations, Michael Hourigan contacte la procureure du TPIR (Tribunal Pénal International du Rwanda), Louise Arbour.

Celle-ci accueille alors la nouvelle de manière très favorable et indique que cela confirme des éléments récemment obtenus par l’entremise de l’historienne spécialiste du Rwanda, Alison Des Forge, militante de Human Right Watch.

Mais quelques jours plus tard, lors d’une entrevue officielle à la Haye, où l’on demande en urgence à Michael Hourigan de se présenter, Louise Arbour conteste tout et, en particulier, le droit de Hourigan d’enquêter sur l’attentat lui-même. Elle demande alors la fermeture de l’enquête et elle-même n’en parlera plus jamais.

De manière remarquable, alors que l’enquête est un fiasco, les responsables, Louise Arbour, Madeleine Albright et Kofi Annan se voient tous promus.

On peut soupçonner là quelque chose d’autant plus important que, comme le dira plus tard au sujet de l’attentat la procureur du TPIR Carla del Ponte — qui elle aussi se verra interdite d’enquête et immédiatement débarquée pour avoir voulu enquêter sur les crimes commis par les Tutsi — : « si c’est Kagame et ses hommes qui ont abattu l’avion, il faudrait réviser toute l’histoire. » [5]

Même s’il semble plutôt incriminer le camp hutu, le récent rapport d’experts remis au juge Marc Trévidic en janvier dernier, ne résiste pas à l’analyse pour de multiples raisons explicitées tant par Michel Robardey dans ce fil de discussion ou par Bernard Lugan qui, sur son blog et dans son dernier livre Rwanda, un génocide en question (présenté ici) pointe des faiblesses rédhibitoires comme le fait que le point de lancement du missile retenu par les experts n’était pas alors un cimetière, comme actuellement, mais une bananeraie, ce qui est, bien sûr, invraisemblable.[6]

xiv.Le mobile du crime serait en fait les richesses du Congo voisin.

Telle est la conclusion que livrent à la fin du documentaire Pierre Péan et Michel Robardey, probablement en prélude à la deuxième partie qui devrait expliciter une thèse ici à peine suggérée.

Selon eux… :

  1. Washington voulait un changement de régime pour prendre position dans la région dite des Grands Lacs.
  2. Car les intérêts anglo-américains [l’Empire] voulai(en)t une porte d’accès aux richesses du Congo.
  3. Résultat : un génocide au Rwanda plus un autre de 6 à 12 millions de morts dans l’est du Congo pour de l’or, des diamants, des bois précieux, des métaux rares, etc.

xv.Kagamé serait un criminel de guerre sous protection étasunienne.

L’avocat Christopher Black [7] concluait en 2013 : « Kagamé est l’exemple d’un leader soutenu par les Etats-Unis dont les crimes restent impunis car il leur est utile et parce qu’ils sont impliqués dans ces crimes. Les procureurs du TPIR ont gâché 17 années à protéger Kagamé de sa responsabilité dans les crimes que lui et ses forces ont commis au Rwanda en 1994. Cela a eu pour conséquence la poursuite de ces crimes au Congo, plongeant la région des Grands Lacs dans le sang. »

Avant de venir à une conclusion forcément provisoire, tentons de résumer la thèse exposée dans la vidéo « L’histoire truquée. » A cette fin, je ne vois rien de mieux que de citer l’article que Wikipédia consacre aux « Causes du génocide au Rwanda. ». Il s’y trouve un passage d’autant plus intéressant qu’il consiste en la mise à l’écart sans discussion et sans aucune source de ce qui est tenu pour un « fantasme » des conseillers de l’Elysée. Voici le passage en question :

« L’idée d’un complot flotte parmi les cercles parisiens. L’offensive du FPR ne serait que le début d’un plan plus vaste élaboré à Washington pour remodeler l’ensemble de l’Afrique de l’Est, à partir de l’Ouganda. Il s’agirait, une fois le pouvoir d’Habyarimana tombé, de créer un vaste empire anglophone qui rassemblerait, outre l’Ouganda, la province zaïroise du Kivu, le Rwanda et le Burundi, sous l’autorité du premier ministre ougandais, défenseur des Tutsis, et sous la férule des intérêts anglo-saxons. Ce fantasme aurait apparemment été défendu par plusieurs conseillers de l’Élysée sur la base d’un document produit par un groupe d’opposants ougandais. »Causes du génocide au Rwanda – Article Wikipédia »

Cet extrait constitue un bon résumé de la thèse à laquelle amène non seulement la vidéo de Tiel et Blanrue mais aussi une bonne part de la littérature « non alignée » sur la V.O. rwandaise.

Je ne vais pas discuter du bien-fondé de cette thèse ici car outre qu’elle me paraît basée sur des faits solides, mon intention est seulement d’explorer sa signification d’un point de vue anthropologique, sous le rapport de l’étonnante résurgence moderne du sacrificiel qui s’opère viace que l’on pourrait appeler une ingénierie sociale [8] du « victimaire. »

Dans un article du Guardian de 2004 intitulé avec beaucoup de pertinence « Licence victimaire » (victim’s licence), le journaliste anglais Georges Monbiot a exposé cet aspect de la question avec une grande lucidité. En situant le génocide rwandais dans le contexte du (malheureusement toujours actuel) drame congolais il met en avant cette idée cardinale de la théorie girardienne qu’est l’immense pouvoir des victimes, ce pouvoir de « droit (quasi) divin » qu’elles ont d’accomplir les pires excès, les pires violences en toute impunité grâce à la compassion empreinte de culpabilité que suscite, précisément, leur statut de victime :

« On peut soutenir que rien ne met plus en danger la paix mondiale et les droits humains que le statut officiel de victime. Hitler a joué sur les griefs du peuple allemand vis-à-vis des réparations exigées d’eux après la première guerre mondiale … Le gouvernement israélien insiste pour que toute personne qui critique son bilan des droits humains est « antisémite », et participe, en d’autres termes, à l’oppression des Juifs. George Bush affirme que, suite aux atrocités subies en 2001, l’Amérique a le droit de faire la guerre au terrorisme partout où elle veut. Nous ne devons jamais oublier les crimes épouvantables dont ils tirent leur pouvoir (licence). Mais si nous voulons vraiment assurer que ces crimes « ne se reproduisent plus », nous devons juger les gens sur ce qu’ils font plutôt que sur ce qu’ils sont. »

Aussi loin qu’aille Monbiot dans sa mise en cause du président rwandais Paul Kagamé [9], il ne va pas néanmoins jusqu’à envisager que ce dernier ait provoqué ou organisé le génocide en vue d’en tirer ensuite tous les bénéfices que confère le statut officiel de victime éternelle devant l’Histoire.

Ceux qui mettent en cause Kagamé en tant que commanditaire de l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Habyarimana nous obligent toutefois à accomplir ce pas supplémentaire pour envisager qu’il ait pu délibérément rechercher les bénéfices du statut victimaire afin d’être en position de contrôler et de piller en toute impunité la riche région du Kivu en République du Congo comme semblaient l’entrevoir les conseillers de l’Elysée dans leur fantasme prémonitoire (cf. supra).

Dans cette hypothèse, nous nous voyons confrontés à deux possibilités :

  1. Soit le génocide rwandais a été pour Kagamé une forme de sacrifice consenti (et même en l’occurrence provoqué) (hypothèse dite LIHOP) afin de bénéficier du statut victimaire.
  2. Soit ledit sacrifice a été activement organisé (hypothèse MIHOP) via la « fabrication » méthodique et médiatique d’un bourreau sanguinaire, le hutu (qui, paradoxalement, deviendra le véritable bouc émissaire de l’opération en perdant le pouvoir dans un pays où il est majoritaire à 90%).

Il apparaîtra dans la suite de l’article que les faits plaident clairement en faveur de la seconde possibilité et nous l’étudierons alors sous l’angle sacrificiel de l’anthropologie girardienne.

Mais quoi qu’il en soit, nous n’échapperons pas au « diabolique » évoqué par Carla del Ponte lorsqu’avec « seulement » l’option 1 en tête, elle s’exclamait :

« Si, si c’était Kagamé qui avait descendu l’avion, c’était Kagamé le premier responsable du génocide des Hutu sur les Tutsi… Parce que s’il a fait ça, il l’a fait à dessein, n’est-ce pas ? Et moi je trouve ça vraiment une chose, vous savez… diabolique ! Mais naturellement le Diable existe (rires), donc on ne sait jamais… »

 

  agoravox/  par Luc-Laurent Salvador

 

 

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