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Le profil officiel de la directrice financière du géant des télécoms chinois Huawei, Meng Wanzhou dans un magasin de Pékin, le 6 décembre. NG HAN GUAN / AP

Le profil officiel de la directrice financière du géant des télécoms chinois Huawei, Meng Wanzhou dans un magasin de Pékin, le 6 décembre. NG HAN GUAN / AP

Meng Wanzhou fait face à une demande d’extradition des Etats-Unis. Selon la presse, Washington la soupçonnerait d’avoir violé des sanctions américaines contre l’Iran.

Les autorités canadiennes ont annoncé, mercredi 5 décembre, avoir arrêté Meng Wenzhou, directrice financière du géant des télécoms chinois Huawei, également fille du fondateur du groupe, Ren Zhengfei. L’arrestation a eu lieu le 1er décembre à Vancouver (Canada) à la demande des autorités américaines, qui réclament son extradition. Selon le Globe and Mail, quotidien canadien, qui ne cite pas ses sources, Washington accuse Mme Meng d’avoir « essayé de contourner l’embargo américain contre l’Iran ».

Dans un communiqué, Huawei rapporte que Mme Meng fait face à des « accusations non précisées » par la justice de New York et qu’elle était en correspondance entre deux avions à Vancouver. « L’entreprise a reçu très peu d’informations concernant les accusations et n’est au courant d’aucun délit commis par Mme Meng », poursuit-elle. Huawei, qui dit faire confiance aux institutions judiciaires canadiennes et américaines, précise qu’elle « respecte toutes les lois et tous les règlements [des pays] où elle opère, y compris les lois concernant le contrôle des exportations et les sanctions ».

Pékin a, en revanche, adopté un ton beaucoup moins diplomatique. « La partie chinoise s’oppose fermement et proteste vigoureusement contre de telles actions qui portent une grave atteinte aux droits humains de la victime », a déclaré l’ambassade de Chine au Canada. Demandant la libération immédiate de Mme Meng, l’ambassadeur, Lu Shaye, a annulé la visite qu’il devait effectuer jeudi, en compagnie de quatre parlementaires chinois, au Parlement à Ottawa.

Un des sujets les plus débattus

Le Wall Street Journal avait révélé, en avril, que le département de la justice américain avait ouvert une enquête pour déterminer si Huawei avait enfreint l’embargo américain contre l’Iran. Fondée par un ancien général de l’armée chinoise, la compagnie est régulièrement accusée par les Occidentaux d’espionner pour le compte de Pékin. Par ailleurs, l’entreprise est en concurrence directe avec les Occidentaux, comme Nokia et Ericsson, pour mettre en place la technologie 5G qui devrait commencer à succéder à l’actuelle 4G dès 2019. Cette technologie sera aussi le support d’innovations telles que la voiture autonome ou la télémédecine. Les Etats-Unis, qui ont déjà réussi à convaincre l’Australie et la Nouvelle-Zélande de ne pas recourir à Huawei, pour des raisons de sécurité nationale, feraient actuellement pression sur les Européens pour qu’ils prennent la même position. La France doit décider de l’attribution des fréquences 5G en 2019.

Les déboires de Huawei ne sont pas sans rappeler ceux de ZTE, l’autre grand équipementier chinois de télécommunications qui s’était vu reprocher en début d’année par les Etats-Unis d’avoir fait de « fausses déclarations » concernant l’embargo contre l’Iran. Washington avait imposé de lourdes sanctions contre ZTE, interdisant notamment à cette entreprise d’acheter le moindre composant électronique aux Etats-Unis durant sept ans. Une décision qui met l’entreprise en danger. « Huawei et ZTE sont deux faces d’une même médaille : des entreprises de télécommunications chinoises qui représentent un danger pour la sécurité nationale des Etats-Unis », juge le sénateur démocrate américain Chris Van Hollen, très impliqué dans ce dossier.

Sur les réseaux sociaux chinois, l’arrestation de la fille du fondateur de Huawei a très vite été en tête des sujets les plus débattus jeudi matin. Les internautes multiplient les critiques à l’égard du Canada et des Etats-Unis. Huawei est l’une des entreprises dont les Chinois sont les plus fiers. Mardi 27 novembre, recevant quelques journalistes occidentaux, Xu Nanping, le vice-ministre de la science et de la technologie, avait jugé que, en matière technologique, la Chine était loin d’avoir atteint le niveau des Etats-Unis, mais, à deux reprises, il avait cité Huawei comme étant l’une des rares sociétés chinoises en avance, selon lui, sur la technologie américaine « grâce au travail de fous de ses employés », avait-il précisé. Mi-octobre, le New York Times avait écrit que l’iPhone de Donald Trump était espionné par les Russes et les Chinois. Non content de publier un démenti, la porte-parole du ministère des affaires étrangères chinois avait ironisé : « Si Trump a des doutes sur la sécurité de son iPhone, il pourrait envisager de changer pour passer à un Huawei. »

Si les Etats-Unis imposent depuis juillet des sanctions douanières aux importations chinoises, nombre d’observateurs jugent que la principale crainte des Etats-Unis est en fait l’avance technologique que prend la Chine dans un certain nombre de secteurs, notamment les télécommunications, en utilisant des moyens non conformes aux règles du commerce international. Huawei est l’un des exemples les plus emblématiques de cette réussite désormais contestée.

Pékin demande des clarifications

La Chine a demandé jeudi 6 décembre des explications à Washington et Ottawa après l’arrestation au Canada, à la demande des Etats-Unis, de la directrice financière du géant des télécoms Huawei.

« Nous exigeons des deux parties que des clarifications nous soient fournies au plus vite quant au motif de cette détention », a déclaré Geng Shuang, porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, en demandant à nouveau la remise en liberté « immédiate » de Meng Wanzhou.

Frédéric Lemaître 

Par Regardsurlafrique Avec lemonde

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