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Kim Jong-un observe le tir d'un missile longue-distance, le 16 septembre. Photo AFP

Kim Jong-un observe le tir d’un missile longue-distance, le 16 septembre. Photo AFP

Selon des informations américaines, un engin s’est écrasé sur une ville nord-coréenne en avril. Un événement qui, s’il se reproduisait dans un pays voisin, pourrait déboucher sur une crise ouverte.

C’est le scénario catastrophe que tous redoutent : une simple erreur technique, une panne banale de moteur, un incident perçu comme une agression. Et s’ensuit alors une réaction en chaîne incontrôlable, prélude à une grave crise, sinon un conflit ouvert que prédisent certains experts. A la lumière de l’accident qui a eu lieu en Corée du Nord au printemps dernier, cette probabilité ne peut en aucune manière être écartée.

Selon The Diplomat, un site d’information spécialisé sur l’actualité internationale, un missile balistique de moyenne portée (IRBM) s’est écrasé peu de temps après son décollage, le 28 avril, provoquant des «dégâts considérables sur un ensemble de bâtiments industriels ou agricoles» dans le centre du pays, avancent Ankit Panda et Dave Schmerler, les deux experts contributeurs du site qui ont bénéficié des informations d’une source du gouvernement américain «au fait du programme d’armement nord-coréen».

Ce 28 avril, la Corée du Nord a lancé un missile de moyenne portée à partir de l’aérodrome de Pukchang, dans le sud de la province de Pyongyang. L’engin, un Hwasong-12 (dénommé KN-17 par les Américains), a volé pendant une minute environ quand le moteur du premier étage du lanceur a connu une avarie.

70 kilomètres en altitude
«Le missile n’a pas volé à plus de 70 kilomètres d’altitude environ. La localisation de l’impact final du missile a été révélée en exclusivité à The Diplomat et les preuves de l’accident peuvent être corroborées de façon indépendante via des images satellites commerciales entre avril et mai», écrivent les deux auteurs de l’enquête qui fournissent les clichés en ligne.

The Diplomat avance que ce Hwasong-12 a volé sur une distance d’«environ 39 kilomètres vers le nord-est avant de frapper un complexe dans la petite ville de Tokchon. S’il avait finalisé son vol avec succès, le missile aurait dû atterrir dans le nord de la mer du Japon, près de la côte russe. La Corée du nord a utilisé ce site d’amerrissage pour son premier test réussi d’un Hwasong en mai».

Selon les images satellites, qui ne sont pas d’une excellente définition, l’endroit du crash «se situe près de ce qui ressemble à des bâtiments résidentiels et commerciaux». Mais il n’a bien sûr pas été possible de savoir si l’accident a fait des victimes ou des blessés.

Bombes et secrets
Cet événement, qui n’a pas été confirmé par les autorités et n’a pas pu être entièrement vérifié de manière indépendante, ne peut être vu comme un simple accident technique. Il intervient au moment où le régime de Pyongyang enchaîne les essais d’engins et de bombes nucléaires.

Depuis l’arrivée de Kim Jong-un en décembre 2011, les Nord-Coréens ont accéléré leurs tests pour parfaire leurs programmes balistiques et nucléaires. Ils ont également multiplié les sites de tir (ouverts ou cachés, sur terre ou sur mer), diversifié les méthodes de lancement et les types de combustibles (solide ou liquide) pour tirer leurs engins malgré les interdictions explicites formulées par de nombreux régimes de sanctions des Nations unies et de pays tiers.

En 2016, mais également en 2017, comme le confirme l’enquête de The Diplomat, les experts du Nord ont essuyé plusieurs échecs de moteurs, les contraignants à changer de modèles. C’est d’ailleurs ce qu’expliquait, en septembre dans ces colonnes, Young-keun Chang, professeur d’ingénierie aérospatiale et mécanique et directeur du Centre de recherche en surveillance globale à l’université Korea Aerospace à Séoul.

Survol risqué du Japon
Autrement dit, les potentialités sont élevées pour qu’un accident arrive à nouveau avec des systèmes peu ou pas du tout testés, des technologies pas maîtrisées et dans un climat sécuritaire extrêmement tendu dans toute la région de l’Asie extrême-orientale. Il pourrait se produire en Corée du Nord mais également dans les pays voisins, à portée immédiate des lanceurs.

L’été dernier, à deux reprises, des missiles balistiques intercontinentaux tirés par Pyongyang ont survolé le nord du Japon – ulcérant les autorités de l’archipel – avant de s’abîmer dans ses eaux territoriales. Au printemps déjà, la Corée du Nord avait fait amerrir ses fusées dans la mer du Japon, au grand dam de Tokyo.

Ce n’est pas la première fois que l’Archipel est sur le qui-vive. Depuis le 1er septembre 1998 et le survol d’un Taepodong-1 au-dessus de son territoire, le Japon est sous la menace des missiles et des fusées du Nord. En 2009, Pyongyang avait réitéré un tir-survol et prévenu Tokyo. Mais ne semble pas l’avoir fait l’été dernier.

Au-delà des bilans humains et matériels, les conséquences d’un tel accident, d’une simple panne qui dégénère, pourraient être désastreuses. Tout porte à croire qu’il serait vu comme un acte belliqueux, une attaque en bonne et due forme, entraînant un pays et ses alliés engagés par des accords de défense mutuelle (notamment entre le Japon, les Etats-Unis et la Corée du Sud) à réagir. Le début de la spirale infernale.

Arnaud Vaulerin

http://www.liberation.fr/planete/2018/01/04/quand-la-coree-du-nord-a-perdu-le-controle-d-un-de-ses-missiles_1620347

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