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RD Congo – Kabila : Vers une présidence à vie

RD Congo – Kabila : Vers une présidence à vie

En République Démocratique du Congo, le président Joseph Kabila semble avoir, enfin, trouvé le stratagème devant lui permettre de conserver le pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle de décembre 2016 : le glissement du calendrier électoral. Selon le ministre de la Communication, Lambert Mende, l’élection présidentielle pourrait bien se tenir en 2017 au lieu de 2016. Si la présidentielle peut se tenir en 2017 au lieu de 2016, elle peut aussi se tenir en 2018, 2020, 2022… En Afrique, lorsqu’un président réussit à faire glisser le calendrier électoral, le glissement continue à sa guise.

Pour rappel, le dernier mandat du président Mobutu s’arrêtait en décembre 1991. Par une série de manœuvres, Mobutu parvint à faire glisser le calendrier électoral année après année et à se maintenir au pouvoir jusqu’à son renversement par les troupes de l’AFDL le 17 mai 1997. La Côte d’Ivoire fit, elle aussi, les frais du glissement du calendrier électoral. A la suite d’une série d’évènements et de manœuvres, le président Laurent Gbagbo, dont le mandat s’arrêtait en 2005, réussit à conserver le pouvoir, hors mandat, cinq ans durant[1]. L’élection avait été reportée une première fois, puis une deuxième fois,… jusqu’à six fois. Le président Gbagbo sera finalement renversé en avril 2011 par une coalition formée de l’armée française, des forces de son rival Ouattara et des unités de l’ONUCI (la force des Nations unies en Côte d’Ivoire).

Kabila, ses parrains et la répression

Joseph Kabila semble avoir opté pour la même trajectoire, faute d’avoir pu modifier les articles verrouillés de la Constitution[2] : rester le plus longtemps possible à la tête du pays. Le malheur pour les Congolais est qu’il bénéficie d’un environnement international et régional favorable. Quatre présidents africains au moins tiennent à son maintien au pouvoir. L’Angolais Edouardo dos Santos, le Sud-africain Jacob Zuma et surtout ses deux parrains de l’Est : Paul Kagame et Yoweri Museveni. Il faudrait que les Congolais soient en capacité de lutter avec suffisamment de détermination pour faire reculer le soutien des quatre présidents avant d’envisager sérieusement de déboulonner le Rais à Kinshasa. Quant à la mission de l’ONU au Congo, la Monusco, on ne l’imagine pas se battre, comme l’ONUCI en Côte d’Ivoire, contre les forces de Kabila[3]. Sur le plan militaire, Joseph Kabila a doté sa garde prétorienne, les GR, d’importants moyens militaires dont elle se sert essentiellement pour écraser les mouvements populaires hostiles au président, une stratégie de répression dans le sang[4] dont les Congolais vont continuer de faire les frais[5].

Au-delà du Congo et de la région, les Américains, qui disposent de meilleurs atouts pour faire partir Kabila, jouent plutôt double-jeu. Officiellement, ils souhaitent son départ, mais officieusement, ils œuvrent à son maintien au pouvoir, ce dont la plupart des Congolais sont loin de se douter. La politique américaine vis-à-vis du Congo repose souvent sur « le double discours »[6]. Les prises de position officielles sont fréquemment en contradiction avec la réalité de la politique menée.

Le président, les Grands lacs et les « hors mandat »

On garde toujours à l’esprit le fait que Joseph Kabila n’exerce pas un pouvoir présidentiel tout à fait autonome, mais opère dans un réseau, un dispositif mis en place par les Américains et les Britanniques après la guerre de 1996 pour contrôler les ressources minières du Congo[7]. A priori, les Américains ne peuvent envisager le départ de Kabila que si son potentiel successeur est d’un profil compatible avec la politique qu’ils mènent dans la région des Grands lacs, politique articulée autour de l’axe Kampala – Kigali. Un profil difficile à « vendre » aux Congolais dans le contexte actuel. Washington devrait donc continuer à maintenir discrètement, mais fermement, Kabila au pouvoir malgré quelques récriminations dans les discours officiels. Bref, dans leur lutte contre le maintien de Kabila au pouvoir, les Congolais ne risquent pas de rencontrer beaucoup d’amis[8]. Ils pourraient même se heurter à des ennemis inattendus[9], et Kabila le sait. Il sait aussi que passé 2016, tous les mandats (présidentiel, parlementaires, provinciaux,…) auront « glissé », ce qui est déjà le cas des mandats sénatoriaux.

En effet, les membres actuels du sénat sont issus des élections de 2007. Ils devaient se représenter devant les électeurs en 2012. Leur calendrier électoral continue de « glisser », et ils ne s’en plaignent pas, bien évidemment. Après décembre 2016, il suffira à Kabila de dire aux députés, aux sénateurs et aux autres « élus » locaux : « nous sommes tous hors-mandats. Nous pouvons continuer comme ça ». Il y aura d’un côté le peuple congolais qui attendra les élections, de l’autre, des dirigeants hors mandat. Sorte de Mobutu durant les interminables années de la Conférence nationale souveraine. Mais personne ne sait si les Congolais peuvent accepter l’amorce d’une deuxième présidence à vie après avoir enduré l’interminable règne de Mobutu. On ne sait pas non plus si un soulèvement populaire, sur l’exemple du Burkina Faso, peut se produire au Congo. Mais l’ancien sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines, Herman Cohen, a prévenu le 17 décembre dernier que « le soulèvement populaire à Kinshasa dépassera de très loin celui vécu à Ouagadougou ».

 

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