Ce 15 janvier, le Kenya a conclu un accord commercial préliminaire avec la Chine permettant à 98,2% de ses exportations d’entrer sur le marché chinois sans droits de douane. Ce dispositif transitoire s’applique immédiatement alors que les deux pays poursuivent les négociations pour un accord bilatéral complet.
Le Kenya vient de signer un deal en or avec la Chine ! Presque tous ses produits pourront entrer sur le marché chinois sans payer de taxes. Une victoire diplomatique et économique majeure qui va booster l’économie kényane et créer des emplois. L’Afrique négocie et gagne !
Jusqu’ici, le Kenya ne bénéficiait pas des régimes préférentiels accordés par l’empire du Milieu aux pays les moins avancés, contrairement à certains voisins de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE). Le nouvel accord ouvre la quasi-totalité des produits kényans à la Chine, mais les volumes dépendront de la capacité des producteurs à répondre aux normes et à la demande.
Les échanges commerciaux entre le Kenya et la Chine restent fortement déséquilibrés. En 2024, le Kenya a importé pour plus de 4 milliards de dollars de produits chinois, tandis que ses exportations vers Pékin n’ont représenté qu’environ 204 millions de dollars, selon la Direction générale du Trésor français. Les initiatives précédentes, comme l’ouverture du marché chinois à l’avocat en 2022, n’ont pas suffi à réduire ce déficit. L’accès sans droits de douane est donc considéré comme un levier pour stimuler les exportations, notamment agricoles, et diversifier les produits kényans présents en Chine.
Implications économiques pour le Kenya et la Chine
L’agriculture, pilier de l’économie kényane, est au cœur des attentes liées à ce nouvel accès au marché chinois. Avec la suppression des barrières tarifaires, Nairobi espère améliorer la compétitivité de ses produits, encourager les investissements orientés vers l’export et générer des retombées en matière d’emploi. L’accord s’inscrit également dans une stratégie de diversification des partenaires commerciaux, afin de réduire la dépendance à un nombre limité de marchés.
Pour Pékin, cette initiative relève d’une logique continentale. En 2025, la Chine a annoncé la suppression des droits de douane pour les 53 pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. Cette mesure intervient dans un contexte de tensions commerciales mondiales accrues, marqué notamment par le relèvement de certains tarifs douaniers américains décidé par l’administration Trump, qui a contribué à redessiner les flux commerciaux internationaux. Dans ce cadre, la Chine cherche à consolider ses partenariats commerciaux en Afrique et à sécuriser ses débouchés.
Au-delà du commerce, Pékin est le principal créancier bilatéral du Kenya et a investi dans ses infrastructures. Les deux pays ont converti certaines dettes du dollar vers le yuan pour réduire les coûts d’intérêt. L’accord renforce cette relation économique déjà dense, où commerce, financement et coopération sont étroitement liés.
Concilier relations commerciales avec Pékin et Washington
Le rapprochement avec la Chine se fait alors que le Kenya cherche à préserver ses relations commerciales avec les États-Unis. La Chambre des représentants américaine a approuvé le 12 janvier dernier une extension de trois ans de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), un régime préférentiel offrant aux pays éligibles un accès sans droits de douane au territoire américain pour leurs exportations. Le texte doit encore être examiné par le Sénat avant d’entrer en vigueur. Le Kenya, un des principaux bénéficiaires, achemine notamment vers les États-Unis des textiles, du café et des produits horticoles.
À ce stade, l’accord commercial conclu avec la Chine n’apparaît pas incompatible avec la participation du Kenya au mécanisme américain, qui impose des critères politiques et économiques pour bénéficier de l’accès préférentiel. Nairobi affirme pouvoir mener ces deux partenariats de front.
À Washington, toutefois, l’évolution des relations économiques entre le Kenya et la Chine est suivie avec attention, dans un contexte de concurrence accrue entre les deux puissances rivales en Afrique. Les États-Unis considèrent l’AGOA comme un instrument central de leur politique commerciale envers le continent, visant à maintenir leur présence économique et à renforcer leurs liens avec les pays africains.
Cette situation place le Kenya dans une position d’équilibre délicate, où il doit tirer parti de l’ouverture tarifaire chinoise tout en préservant les avantages commerciaux inhérents à l’AGOA. Le pays teste ainsi une stratégie commerciale à plusieurs niveaux, combinant compétitivité économique et équilibre géopolitique, illustrant les arbitrages auxquels sont confrontés de nombreux pays africains de revenu intermédiaire.
Par RSA avec source






















































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