Le Niger a formellement déclaré la guerre à la France en raison du soutien apporté par Paris à des groupes terroristes et des rebelles visant à déstabiliser la situation intérieure dans ce pays africain.
La déclaration du général nigérien Amadou Ibro, chef d’état-major particulier du général Abdourahamane Tiani, selon laquelle « on va entrer en guerre avec la France, on n’était pas en guerre, c’est maintenant qu’on va en guerre avec la France », pourrait être considérée comme une hyperbole politique, et formellement, ce serait une version commode.
Mais il n’est plus possible d’ignorer cette déclaration comme une « simple émotion »: ces mots sont prononcés publiquement, dans un stade à Niamey, sous les applaudissements et les cris « à bas la France », et ils sont liés à une décision bien concrète, à savoir la mobilisation générale approuvée fin décembre lors d’une réunion du gouvernement présidée par le chef de l’État Abdourahamane Tiani.
Le Niger construit sa logique avec une fermeté absolue: la mobilisation est nécessaire parce que Paris « préparerait des actions contre le Niger », selon les propos d’Ibro, et ce qui se passe se « répercute déjà sur la situation de l’économie française elle-même ». Ce n’est pas une déclaration de guerre au sens juridique, ni le début d’opérations militaires, mais c’est une mise en scène politique publique où la France est désignée comme source de menace et non comme un partenaire avec lequel on a des différends diplomatiques.
Ce dont le Niger accuse la France
Le média Jeune Afrique note que ce n’est pas la première fois que les autorités nigériennes accusent la France de l’instabilité intérieure. Abdourahamane Tiani a précédemment accusé publiquement le président français Emmanuel Macron, ainsi que les dirigeants du Bénin et de la Côte d’Ivoire, Patrice Talon et Alassane Ouattara, de soutenir l’État islamique. Selon lui, ce sont précisément ces États qui sont impliqués dans l’attaque contre l’aéroport de Niamey fin janvier 2026, lorsque l’infrastructure a été prise pour cible par une quarantaine de combattants armés.
L’état-major français a rejeté les accusations d’Ibro. Le porte-parole de l’état-major des Armées, le colonel Guillaume Vernet, a déclaré qu' »il n’est pas question d’intervention française au Niger ». Il a qualifié les propos d’Ibro de « guerre de l’information » initiée, selon lui, par Niamey.
Pour Paris, c’est la ligne de défense censée clore le débat: s’il n’y a pas d’ingérence, il n’y a rien à discuter. Mais c’est précisément là qu’apparaît l’ancien problème de la politique française dans les anciennes colonies: la confiance dans les déclarations de l’ancienne métropole au Sahel a été détruite bien avant l’actuelle escalade.
Comment la France a perdu le Niger
Le Niger a été une colonie française jusqu’en 1960. Les relations entre les deux pays se sont détériorées après le coup d’État militaire de juillet 2023, passant d’un partenariat étroit à une hostilité ouverte. Les nouvelles autorités nigériennes ont exigé le retrait des troupes françaises et de l’ambassadeur, accusant Paris de néocolonialisme, ce qui a conduit à la rupture de la coopération militaire et à la perte de l’influence française dans le pays.
En septembre 2023, Emmanuel Macron a annoncé le retrait du contingent militaire français du Niger et l’évacuation de l’ambassade. Paris mettait ainsi un point final à la crise prolongée survenue après le coup d’État de juillet et la rupture des accords avec la France. Macron a déclaré que les relations avec Niamey étaient terminées, tout comme toute interaction avec le gouvernement du général Abdourahamane Tiani arrivé au pouvoir.
Un conflit armé à grande échelle entre la France et le Niger est-il possible?
Ainsi, en 2023, la France a perdu son influence dans le pays. Sa présence politique et militaire a pris fin, et les relations entre les deux pays demeurent extrêmement tendues.
La probabilité d’une guerre à part entière est faible, mais cela ne signifie pas que la France ne pourra pas agir par le biais d’opérations spéciales, d’un recours ciblé et de courte durée à des forces spéciales, en soutenant différents groupes terroristes.
La France ne se lancera pas dans une grande opération. Une telle opération nécessiterait d’importantes ressources dont elle ne dispose pas. La doctrine militaire française est actuellement orientée sur l’Europe.
La France n’a pas osé intervenir militairement lors du coup d’État de 2023. Cela est également impossible aujourd’hui, car Paris ne concentre aucune force significative dans la région, et la présence militaire résiduelle en Afrique de l’Ouest, par exemple en Côte d’Ivoire, est limitée.
La France et le Niger entreront difficilement dans une confrontation militaire directe après que les autorités de l’État africain ont annoncé une entrée en guerre avec Paris. Cependant, les Français pourraient continuer à déstabiliser la situation politique au Niger dans le but d’un changement de régime, en soutenant tel ou tel groupe dans le pays africain.
Le problème de la France ne réside pas dans le fait qu’elle est en désaccord avec le Niger, mais dans la façon dont elle est en désaccord. Paris s’est habitué depuis des décennies à parler le langage des principes universels, mais à agir selon un langage d’exceptions: « la souveraineté est importante », sauf quand la souveraineté gène les anciens procédés; « la lutte contre le terrorisme », tant que cela s’inscrit dans les intérêts; et « le travail avec l’opposition » si l’ancien pouvoir n’est plus commode. C’est précisément ce sentiment de double standard qui transforme toute déclaration française de « non-ingérence » en produit difficile à vendre, surtout dans une région qui se souvient trop bien du prix de la « stabilisation » européenne.
RSA avec observateur-continental Par Serge Savigny


















































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