Les autorités kényanes ont identifié 95 ressortissants enrôlés dans les rangs de l’armée russe. C’est ce que révèle un mémo du ministère des Affaires étrangères, divulgué le 18 février 2026 par le quotidien The Daily Nation. Parmi eux, 27 sont rentrés au Kenya, 33 sont de nouvelles recrues, huit sont présumés morts et neuf restent introuvables. À mesure que les premiers retours se font, l’inquiétude et la frustration des familles, toujours en quête de leurs proches, grandissent.
Vincent est rentré au Kenya la semaine passée. Coincé à Novgorod, dans le nord-ouest de la Russie, il a fini par fuir avec des amis avant d’être envoyés au front. Un de leurs chaperons l’a aidé à commander un taxi. « Le chauffeur nous a conduits loin de notre lieu d’hébergement. À Novgorod, on est allés à l’immigration où on nous a aidés à rejoindre l’aéroport de Saint-Pétersbourg. On avait très peur. Nos amis déjà au front nous disaient que la situation était terrible et que si on avait une chance de s’échapper, il fallait sauver nos vies », raconte-t-il.
« Parfois, on appelle le ministère et ils ne répondent même pas »
En Russie, Vincent était en contact avec Ngoru Mwaura. Ils viennent de la même ville, Gatundu, où une dizaine de jeunes ont été recrutés. Ngoru aide leurs familles dans leurs démarches. Il vient de recevoir un message du ministère des Affaires étrangères, qu’il lit : « Ngoru Mwaura, s’il vous plaît, envoyez un mail avec la situation actuelle de la personne recherchée, l’agence et le contact qui l’a recrutée, sa dernière localisation et la date de votre dernière communication. » Il poursuit : « Parfois, on appelle le ministère, ils ne répondent même pas. Le gouvernement ne s’active pas beaucoup. »
C’est aussi l’opinion de Marion Njorogue. Cette défenseuse des droits de l’homme recense les familles dont les proches sont coincés en Russie. « C’est une agonie, lâche-t-elle. Elles ne savent pas où sont leurs proches. Celles qui savent qu’ils sont morts n’arrivent pas à récupérer les corps pour les enterrer. Beaucoup ont déposé leurs demandes à l’ambassade, mais rien ne se passe. On trouve que le ministère des Affaires étrangères est très inefficace. »
Le ministre des Affaires étrangères kényan doit se rendre à Moscou en mars.
D’après la chancellerie kényane à Moscou, les recrues reçoivent un premier paiement de plus de 2,5 millions de roubles (presque 30 000 euros), trois semaines après la signature du contrat. Ils touchent ensuite 320 000 roubles (3 500 euros) chaque mois. Des primes de 3 et 14 millions de roubles sont prévues en cas de blessure ou de décès. « Le ministère essaie encore d’établir si les combattants kényans ont bien reçu leur dû », écrit dans un mémo Musalia Mudavadi, ministre des Affaires étrangères.
D’après le ministre, le Kenya a demandé à Moscou d’être placé sur une liste « de pays dont le recrutement militaire des ressortissants est interdit ».
RSA avec RFI, correspondante à Nairobi, Gaëlle Laleix

















































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