Le président camerounais Paul Biya a demandé à son ministre des Finances d’emprunter, sur les marchés intérieurs et extérieurs, 1 650 milliards de francs CFA, soit près de 2,5 milliards d’euros, pour financer une partie de son budget 2026.
Un décret présidentiel a été diffusé cette semaine, suscitant beaucoup de commentaires dans le pays.
Une note classée « rouge – confidentiel », adressée le 20 janvier au président camerounais, met en garde contre un projet présumé d’endettement public massif à des fins de prédation financière. Moins de vingt-quatre heures plus tard, mercredi 21 janvier 2026, un décret autorise pourtant le ministre des Finances à lever jusqu’à 1 650 milliards de F CFA.
L’alerte est très explicite. Le 20 janvier, une note des renseignements généraux classée « rouge confidentiel » a été adressée au président, Paul Biya. Ce document, révéle au chef de l’État du Cameroun l’existence présumée d’un projet d’endettement public massif, à des fins de « captation financière ». Il pointe notamment la responsabilité du ministre des finances.
Selon les données officielles du gouvernement, ces impayés atteignent 485,4 milliards de FCFA à fin septembre 2025, un niveau qui pèse sur la trésorerie des fournisseurs de l’État et, au-delà, sur l’activité des entreprises dépendantes de la commande publique.
L’État enclenche 1 650 milliards d’emprunts, avec 485,4 milliards de FCFA d’impayés à apurer
Par décret signé le 21 janvier 2026, le président Paul Biya autorise le ministre des Finances, Louis Paul Motazé, à recourir aux marchés des capitaux intérieur et extérieur pour mobiliser des emprunts d’un montant maximum de 1 650 milliards de FCFA. Ces ressources sont destinées, précise le chef de l’État, « au financement des projets de développement et à l’apurement des restes-à-payer (RAP) ». Les RAP correspondent à des factures en instance de paiement au Trésor public pendant plus ou moins trois mois.
L’initiative s’inscrit dans une pratique annuelle : le président signe un décret autorisant le ministre des Finances à engager les opérations de levées de fonds prévues par la loi de finances afin de financer le déficit budgétaire.
Si le montant peut sembler important, il n’y a là rien de surprenant, assure le ministère camerounais des Finances, Louis Paul Motazé. En interne, un cadre explique ainsi : c’est une mise en application « efficace » de la loi de finances votée par la répresentation nationale.
De quoi financer des projets de développement, mais aussi payer les factures en attente. Car 2025 a été une année « sensible » au Cameroun. La crise post-électorale a perturbé l’activité.
Le décret détaille les canaux de financement
Moins de rentrées fiscales et une hausse des dépenses sécuritaires : l’État doit pouvoir régler rapidement ce qu’il doit aux entreprises pour relancer l’activité. Mais aussi, par exemple, verser au fonds d’investissement britannique Actis les 78 milliards destinés à renationaliser Eneo, opérateur majeur de l’électricité dans le pays.
Sur le marché financier intérieur, 400 milliards de FCFA doivent être mobilisés par émissions d’Obligations du Trésor (OT) et/ou d’Obligations du Trésor assimilables (OTA). À cela s’ajoutent 250 milliards de FCFA via des prêts directs d’organismes privés intérieurs. Le volet externe, lui, prévoit 1 000 milliards de FCFA à lever sur les marchés financiers extérieurs.
S’endetter pour financer le déficit budgétaire
La loi de finances 2026 fait ressortir un solde budgétaire déficitaire de 631 milliards de FCFA. En y ajoutant « d’autres charges de financements », le besoin global de financement de l’État pour l’année atteint 3 104,2 milliards de FCFA. Autrement dit, au-delà des recettes internes projetées à 5 887 milliards de FCFA, le Cameroun doit mobiliser 3 104,2 milliards de FCFA supplémentaires via divers mécanismes d’endettement pour couvrir l’ensemble des dépenses prévues.
Dans ce schéma, la loi de finances 2026 prévoit notamment : des tirages de 826,7 milliards de FCFA sur les prêts projets ; des emprunts extérieurs pour 1 000 milliards de FCFA ; des financements dits exceptionnels de 167,8 milliards de FCFA ; des appuis budgétaires de 120 milliards de FCFA ; des emprunts bancaires de 589,7 milliards de FCFA ; et des émissions de titres publics sur le marché monétaire pour un total de 400 milliards de FCFA. Sous cet angle, le décret du 21 janvier enclenche la mise en œuvre de ces opérations, conformément aux montants inscrits dans la loi de finances.
Une stratégie risquée disent certains économistes
Même s’il n’est pas question de sur-endettement puisque le taux d’endettement du Cameroun (42% de son PIB, NDLR) est sous les seuils fixés par le FMI et les directives communautaires, pour plusieurs économistes, cette stratégie reste risquée.
Les nouveaux emprunts viennent s’ajouter à une dette publique déjà sous surveillance. Le Cameroun est classé parmi les pays présentant un risque de surendettement élevé par la Banque africaine de développement (BAD) et le Fonds monétaire international (FMI). Le gouvernement soutient toutefois que, selon ses projections, l’endettement en 2026 resterait largement en deçà du seuil de tolérance de 70 % du PIB retenu par les critères de surveillance multilatérale de la CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad, République centrafricaine).
Au 30 septembre 2025, l’encours de la dette publique atteint 14 591 milliards de FCFA, soit 43,9 % du PIB, selon la Caisse autonome d’amortissement (CAA), chargée de la gestion de la dette du secteur public. La structure fait apparaître une forte concentration sur l’administration centrale (93,3 %), loin devant les entreprises et établissements publics (6,5 %) et les collectivités territoriales décentralisées (CTD) (0,2 %).
Regard Sur l’Afrique Par Tinno BANG MBANG























































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