La suspension des réseaux sociaux par le gouvernement, une décision aux répercussions économiques importantes. Au Gabon, la décision de suspendre les réseaux sociaux est bel et bien effective jeudi 19 février. Facebook et Tik Tok sont très perturbés. Les appels et le téléchargement des fichiers sur Whatsapp sont aléatoires. L’impact économique de cette décision devient réel même si les fournisseurs Internet n’ont pas souhaité communiquer pour le moment.
Lionnel Mbeng est rédacteur en chef du média en ligne Gabon Média Time. Il soutient que l’essentiel des revenus du média provient du trafic généré par les réseaux sociaux. « C’est comme si on avait un patient qui dépendait de l’oxygène. Et l’oxygène en question, c’est les réseaux sociaux. Une journée sans Internet, c’est couper brutalement le souffle des médias en ligne », explique-t-il.
Les nombreux chômeurs qui ont jeté leur dévolu sur le commerce en ligne sont parmi les Gabonais les plus impactés. Joséphine Bouanga, vend du poisson et des vêtements. « Je vis des réseaux sociaux par rapport à ma vente en ligne. Quand on va couper les réseaux sociaux, je nourris ma famille comment? Mais c’est quoi cette histoire là ? »
Jacques Ndoudi a créé sa PME dans le domaine de l’infographie. Les réseaux sociaux lui permettent de trouver des clients et donc tout simplement de travailler. « Quand on restreint les réseaux, ça ralentit le business. Aujourd’hui, si on nous interdit l’accès à WhatsApp, ce sera vraiment compliqué pour les jeunes entrepreneurs que nous sommes ».
Dans une déclaration mercredi soir, le ministre de la Communication, Germain Biahodjow tout en affirmant sa solidarité avec la décision de la HAC, reconnait l’impact économique négatif de la mesure. « Préoccupés par l’impact économique que cette décision peut entraîner sur les flux des échanges commerciaux en ligne, le gouvernement s’emploie à y remédier dans les meilleurs délais.»
Pour rappel, parmi les raisons avancées pour expliquer cette suspension, il y a la propagation des fake news, des données personnelles et du cyberharcèlement. Selon le journaliste gabonais Aziz Adewale Tchandi, membre de l’Union des journalistes de la presse libre africaine (UJPLA), cette mesure a de quoi surprendre alors que l’usage des réseaux sociaux est primordial, voire vital pour certains Gabonais.
L’UJPLA a d’abord tenu à exprimer ses regrets. Les réseaux sociaux aujourd’hui, constituent des plateformes qui permettent à beaucoup de Gabonais de travailler. L’économie numérique, si elle doit se développer, c’est bien sûr en s’appuyant sur les plateformes numériques.
Aziz Adewale Tchandi, membre de l’Union des journalistes de la presse libre africaine (UJPLA)
Selon les chiffres officiels, l’économie numérique représente 5 % du PIB gabonais, soit plus de 250 milliards de Francs CFA.
Une mesure « disproportionnée » et « préoccupante » pour la démocratie au Gabon
Selon Anges-Kévin Nzigou, président du Front Démocratique Socialiste, cette décision est inquiétante et ne garantit pas le principe fondamental qu’est la liberté d’expression. « Je considère que la décision de la HAC constitue une mesure grave. Elle est disproportionnée et profondément préoccupante pour l’état de notre démocratie. Car suspendre les réseaux sociaux sur l’ensemble du territoire national, dans un contexte déjà marqué par beaucoup de coupures répétées d’électricité et un climat social tendu, revient à ajouter de la frustration à la frustration. Ce n’est pas en réduisant les espaces d’expression que l’on appelle une nation. Nous pensons que la liberté d’expression est un droit fondamental garanti par la Constitution et par les engagements internationaux du Gabon. Donc, assimiler l’expression citoyenne à une menace pour les institutions, de mon point de vue, est une dérive dangereuse. »
Par RSA avec RFI, correspondant à Libreville, Yves-Laurent Goma


















































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