À l’Assemblée nationale, Datouo traque agents fictifs et dépenses fantaisistes. Cette grande institution du pays sort d’années de dérive financière. Son nouveau président, Théodore Datouo, qui a succédé à Cavayé Yéguié Djibril, tente d’y remédier mais affronte des résistances.
Un audit interne vient de révéler l’existence de 150 agents fictifs au sein de l’Assemblée nationale du Cameroun. Ces fonctionnaires fantômes, qui ne travaillaient pas mais percevaient salaires et primes chaque mois, ont été supprimés des fichiers du personnel sous l’impulsion du nouveau président de l’institution, Théodore Datouo. Une découverte qui ébranle le Palais de Verre de Ngoa-Ekellé et soulève de sérieuses questions sur des années de détournement de fonds publics.
Des fantômes bien payés, sans bureau ni badge
La répartition des agents fictifs est éloquente. Sur les 150 noms supprimés, 97 étaient rattachés au Cabinet du Président de l’Assemblée nationale, poste occupé pendant des années par Cavayé Yéguié Djibril. Les 53 autres dépendaient du Secrétariat Général de l’institution.
Cameroun : 150 agents fantômes supprimés à l’Assemblée
— Africa 24 Monde (@AFRICA24MONDE) April 25, 2026
L’AN du pays sort d’années de dérive financière. Théodore Datouo, qui a succédé à Cavayé Yéguié Djibril, tente d’y remédier mais affronte des résistances. Cette radiation allège mécaniquement la masse salariale de l'AN pic.twitter.com/Yv424B450R
Le constat de la commission d’audit est sans équivoque : aucun de ces agents ne disposait d’un bureau, d’un poste de travail, d’un badge d’accès ou d’une carte professionnelle valide. Aucune tâche ne leur avait jamais été assignée. Aucun rapport d’activité n’a été produit depuis des années. Pourtant, leurs noms apparaissaient bel et bien dans les registres du Trésor Public, qui leur versait régulièrement des rémunérations.
Le montant total détourné n’a pas encore été officiellement communiqué. Mais en cumulant plusieurs années de salaires et de primes pour 150 personnes, les observateurs estiment que la facture pourrait se chiffrer en centaines de millions de francs CFA.
Un signal fort, mais la question reste entière
La suppression de ces noms constitue une première dans l’histoire récente de l’institution. En ciblant directement le cabinet de l’ancien président de l’Assemblée, l’audit de Théodore Datouo brise un tabou. Il envoie un message clair : la gestion opaque de l’ère précédente est terminée.
Mais la vraie question demeure : à qui profitaient réellement ces salaires ? Dans les réseaux de fonctionnaires fictifs, il est courant que les sommes perçues soient reversées, en partie ou en totalité, à des responsables qui ont facilité leur inscription dans les fichiers. Si cette logique se confirme ici, des complicités au plus haut niveau seraient en jeu.
Cette opération d’assainissement intervient dans un contexte où le Cameroun cherche à rationaliser ses dépenses publiques face à des contraintes budgétaires croissantes. La lutte contre les emplois fictifs dans les institutions de l’État est d’ailleurs un chantier que le gouvernement affirme mener depuis plusieurs années, avec des résultats souvent jugés insuffisants.
L’étape suivante sera déterminante. Des poursuites judiciaires sont-elles envisagées ? Les bénéficiaires réels de ces salaires seront-ils identifiés ? La transparence réclamée par Théodore Datouo devra se confirmer dans les actes.
Par RSA et 237online





















































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