L’Iran a annoncé ce mercredi qu’il autorise les navires et tankers espagnols à traverser le détroit d’Ormuz «avec une liberté totale, sans aucune restriction ni obstacle».
Cette décision intervient juste après que le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a qualifié la guerre en cours contre l’Iran d’«illégale», d’«absurde», de «cruelle» et d’«erreur colossale» – bien pire encore que l’invasion de l’Irak en 2003.
Devant le Congrès, Sánchez a dénoncé une guerre «injuste» aux conséquences humanitaires, économiques et sécuritaires dramatiques, refusant que l’Espagne en paie le prix et rejetant l’usage de bases espagnoles par les États-Unis. Il a également exigé la réouverture sécurisée du détroit, vital pour 20% du pétrole mondial.
Téhéran présente ce geste comme une reconnaissance envers les nations «non hostiles» qui s’opposent à l’intervention.
L’Iran autorise les navires espagnols à transiter par le détroit d’Ormuz, Madrid dit ne pas comprendre
Le détroit d’Ormuz, pris en otage par l’Iran depuis les premières frappes israélo-américains du 28 février sur son territoire, se désengorgerait doucement. L’Iran autorise au compte-goutte les navires « non hostiles » à traverser. L’ambassadeur d’Iran en Espagne a annoncé, le 26 mars, que son pays était prêt à étudier toute demande de passage de navires de commerce espagnols.
L’Iran se dit prêt à étudier toute demande de Madrid concernant le détroit d’Ormuz, ont annoncé jeudi 26 mars les autorités iraniennes, faisant de l’Espagne le premier pays européen à bénéficier de ce type d’accord.
Le pays respecte le droit international, a justifié l’ambassade d’Iran en Espagne sur le réseau social X. L’Espagne a été l’un des premiers États à condamner les attaques américano-israéliennes contre l’Iran, dénonçant la guerre comme imprudente et illégale.
🔴ÚLTIMA HORA: Irán considera a España un país comprometido con el derecho internacional, por lo que se muestra receptivo ante cualquier solicitud procedente de Madrid.#EstrechoDeOrmuz pic.twitter.com/WZjwCPB7CK
— Embajada de Irán en España (@IraninSpain) March 26, 2026
Toutefois, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a déclaré ne pas comprendre à quoi faisait référence l’Iran, affirmant que Madrid était en faveur de sanctions contre l’Iran, notamment en désignant les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste et en appelant à la désescalade du conflit.
Navires « non hostiles »
Cette annonce iranienne s’inscrit en tout cas dans la lignée de l’annonce du ministère des Affaires étrangères, mardi 24 mars, selon laquelle les navires non hostiles pourraient transiter par le détroit s’ils se coordonnaient avec les autorités iraniennes, à l’instar de la Thaïlande et la Malaisie récemment.
De son côté, le président américain Donald Trump a suggéré que l’Iran laisserait dix pétroliers traverser le détroit en signe de bonne volonté lors des négociations, y compris certains navires battant pavillon pakistanais.
L’Espagne comptait, en 2025, 91 navires de commerce sous son pavillon, dont six pétroliers et treize gaziers, selon le rapport publié par l’Association des armateurs espagnols arrêté à juin 2025, soit son plus bas niveau de flotte en vingt ans. La majorité des 205 navires marchands contrôlés par des armateurs espagnols arborent des pavillons étrangers, note le média Euronews.
Quels sont les « navires non hostiles » que l’Iran autorise à passer par le détroit d’Ormuz ?
Cette voie maritime stratégique, quasiment fermée depuis le début des frappes américano-israéliennes fin février, est partiellement ouverte depuis dimanche par le régime iranien. Téhéran exclut toutefois les bateaux liés aux Etats-Unis et Israël, mais autorise les cargos commerciaux de pays tiers.
L’Iran a annoncé, mardi 24 mars, qu’il autorisait à nouveau le passage de certains navires, à condition qu’ils soient considérés comme « non hostiles ». Dans un communiqué transmis à l’Organisation maritime internationale (OMI), Téhéran précise que ces navires peuvent « bénéficier d’un passage sûr (…) en coordination avec les autorités compétentes ». À l’inverse, « tout actif appartenant aux agresseurs », les Etats-Unis, Israël et leurs partenaires, est exclu.
Dans les faits, ces « navires non hostiles » correspondent principalement à des bâtiments commerciaux de pays non impliqués dans les frappes, notamment asiatiques, transportant des hydrocarbures et acceptant de se conformer aux règles fixées par l’Iran.
Selon MarineTraffic, plateforme qui recense les déplacements des navires qui ont traversés sont: deux méthaniers battant pavillon indien, le Jag Vasant et le Pine Gas, qui transportaient chacun environ 45 000 tonnes de gaz de pétrole liquéfié (GPL) après avoir été chargés aux Emirats arabes unis et au Koweït, ainsi que du pétrolier Bright Gold, sous pavillon panaméen, qui a quitté le détroit avec environ 40 000 tonnes de méthane à destination de la Chine.
Un porte-conteneurs appartenant à des intérêts chinois, le Newvoyager, a également pu transiter après avoir effectué un paiement aux autorités iraniennes, selon Lloyd’s List, revue de référence spécialisée dans le transport maritime. Le montant exact de la transaction n’a pas été confirmé. Plus largement, les analystes relèvent que la majorité du pétrole passant actuellement par le détroit est destinée à l’Asie, en particulier à la Chine.
Par ailleurs, le géant chinois du transport maritime Cosco a annoncé mercredi la reprise des réservations de conteneurs de fret à destination de la plupart des pays du Golfe. Cette reprise « avec effet immédiat » s’applique aux conteneurs de fret « général » à destination des Emirats arabes unis, de l’Arabie saoudite, de Bahreïn, du Qatar, du Koweït et de l’Irak, confirme Cosco dans un communiqué.
Des conditions de traversée strictes
Au-delà de leur origine, ces navires doivent répondre à des conditions précises. Les autorités iraniennes semblent gérer les demandes de passage au cas par cas, tandis que certains Etats, comme l’Inde, négocient des accords plus larges. Des itinéraires spécifiques sont également imposés : plusieurs navires ont emprunté une route validée par le régime iranien, contournant l’île de Larak, située à l’entrée du détroit. Selon Lloyd’s List, plus de vingt navires, appartenant notamment à des armateurs grecs, indiens, pakistanais ou syriens, ont déjà utilisé ce corridor.
Au moins un navire aurait versé environ 2 millions de dollars pour garantir un passage sécurisé, d’après Bloomberg. Certains bâtiments maintiennent aussi leur transpondeur AIS activé, transmetteur pouvant fournir automatiquement des informations aux autres navires et aux autorités côtières. Un choix inhabituel, dans le contexte actuel, mais qui permet de signaler leur conformité et leur transparence aux autorités iraniennes.
Par RSA
























































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