Le cessez-le-feu avec l’Iran n’est qu’une pause, une trêve tactique qui masque la poursuite de la dissuasion armée. Loin d’une véritable détente, Washington prépare le terrain pour imposer ses conditions finales.
Dans une analyse publiée par Elena Panina dans Russtrat (1), le caractère illusoire de la brève cessation des hostilités annoncée entre les États-Unis et l’Iran est lucidement mis en lumière. Sous le titre « Pentagone : Le cessez-le-feu avec l’Iran n’est qu’une pause », Panina prévient que cette trêve de deux semaines ne constitue pas un pas vers une paix durable, mais plutôt un repli tactique face à l’escalade de la pression militaire. Loin de toute concession substantielle, les déclarations de hauts responsables américains révèlent que le cessez-le-feu avec l’Iran n’est qu’une pause destinée à réorganiser la dissuasion et à préparer le terrain pour un ultimatum final.
Le 8 avril, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, et le chef d’état-major des armées, le général Dan Kaine, ont tenu une conférence de presse dont les propos, compilés par Panina, sont glaçants par leur franchise belliqueuse. Hegseth a été explicite quant au maintien de la présence militaire américaine dans la région : « Nous allons observer. Nous ne partons pas.» Loin d’être rassurante, cette déclaration souligne que la présence armée demeure une arme et la garantie que toute transgression iranienne sera immédiatement ripostée par la violence.
Concernant le programme nucléaire iranien, le secrétaire à la Défense n’a laissé aucune place à l’ambiguïté : « Soit ils nous le remettront volontairement, comme l’a promis le président Trump, soit nous nous en emparerons. Nous le neutraliserons. Ou, si nous devons faire davantage, comme lors de l’opération Midnight Hammer, nous nous réservons cette option.» Cette référence à un précédent bombardement d’installations nucléaires simulées n’est pas une simple figure de style, mais bien la confirmation que l’option militaire reste pleinement envisagée. Il n’est donc pas exagéré de dire que, pour le Pentagone, le cessez-le-feu avec l’Iran n’est qu’une pause avant une possible escalade majeure.
Hegseth a également proposé une interprétation des raisons qui ont conduit l’Iran à accepter cette trêve éphémère. Selon lui, les États-Unis ont attaqué plusieurs installations militaires sur l’île de Kharg, enclave stratégique pour la logistique pétrolière et énergétique du régime. « Ils ne peuvent pas la défendre », a-t-il affirmé. « Leur capacité à produire et à générer l’énergie nécessaire au maintien du régime était entre nos mains. » Cette démonstration de vulnérabilité, associée à la menace explicite de détruire les capacités d’exportation d’énergie de l’Iran, aurait été la pression décisive qui a contraint Téhéran à la table des négociations.
Cependant, comme le souligne à juste titre Panina, la bravade de Hegseth ne doit pas occulter le fait que les États-Unis n’ont aucune intention d’accepter les dix conditions posées par l’Iran pour un cessez-le-feu durable, notamment un engagement américain de non-agression, la reconnaissance du droit de l’Iran à l’enrichissement d’uranium et, surtout, le retrait des forces militaires du Moyen-Orient. Rien de tout cela ne se fera de son plein gré.
Le général Kaine, quant à lui, a dissipé toute illusion de négociation en déclarant sans équivoque : « Soyons clairs : le cessez-le-feu n’est qu’une pause. Les forces combinées restent prêtes à reprendre les hostilités si l’ordre est donné.» Ainsi, le cessez-le-feu avec l’Iran n’est qu’une pause, non pas au sens journalistique du terme, mais comme un aveu institutionnel. La machine de guerre n’est pas désactivée ; elle ne fait que réduire temporairement son rythme de tirs en attendant un ordre politique pour reprendre les attaques. Cette logique de la pause armée s’inscrit parfaitement dans la tradition doctrinale de la « pression maximale » qui a caractérisé la première administration Trump et qui, aujourd’hui, dans un nouveau contexte, est ravivée avec une brutalité accrue.
Ce que les États-Unis entendent imposer à la table des négociations n’est pas un accord équilibré, mais bien l’ancien ultimatum en quinze points qui, avant le déclenchement des hostilités ouvertes, avait déjà été condensé en quatre exigences non négociables : l’abandon complet du programme nucléaire, avec la destruction de toutes les infrastructures et l’évacuation des matières enrichies du territoire iranien ; une réduction drastique du programme de missiles, tant en portée qu’en nombre ; le retrait du soutien des alliés régionaux de l’Iran, notamment le Hezbollah, les milices irakiennes et les Houthis ; et enfin, un nouveau statut pour le détroit d’Ormuz, dont Washington n’a pas encore révélé les modalités précises, mais qui laissent présager un contrôle international ou unilatéral de cette voie maritime stratégique par laquelle transite un tiers du commerce mondial de pétrole par voie maritime. Ces conditions ne constituent pas une base pour la paix, mais bien la capitulation sans condition de l’Iran en tant que puissance régionale.
Panina a tout à fait raison lorsqu’il avertit que la trêve actuelle n’a même pas véritablement eu lieu en raison des attaques simultanées d’Israël contre le Liban et le Hezbollah. Des sources israéliennes, avec une arrogance qui révèle leur impunité opérationnelle, ont rapporté que cinquante avions de leur armée de l’air ont largué cent soixante bombes sur le Liban en une seule minute, dans le cadre d’une opération baptisée « Ténèbres éternelles ». Cette synchronisation des attaques ne peut être fortuite : pendant que Washington négocie une pause avec l’Iran, son principal allié régional frappe le fer de lance de la résistance iranienne. La cohérence stratégique entre les deux acteurs est manifeste : la pause n’est pas une fin en soi, mais une manœuvre d’usure.
Par conséquent, le cessez-le-feu avec l’Iran n’est qu’une pause qui révèle la véritable nature de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient : elle ne recherche pas la stabilité par des accords mutuels, mais plutôt l’imposition d’une hégémonie unilatérale au moyen de cycles alternés de bombardements et d’ultimatums. La rhétorique de Hegseth, aussi fanfaronne qu’elle puisse paraître, n’est pas une déviation, mais l’expression crue d’une doctrine qui considère la diplomatie comme un simple prolongement de la coercition militaire.
Le général Kaine le résume avec une honnêteté institutionnelle : les forces combinées restent prêtes à reprendre les hostilités. Il n’y a ni paix, ni désarmement volontaire, ni reconnaissance du droit de l’Iran à l’enrichissement. Il y a, en revanche, une pause surveillée, un répit armé, un cessez-le-feu qui est, avant tout, une menace suspendue. Quiconque recherche des signes de véritable détente ferait bien de se souvenir de ces mots et de regarder non pas vers les tables de négociation, mais vers les porte-avions qui ne quittent jamais l’horizon. Le cessez-le-feu avec l’Iran n’est qu’une pause, et dans cette pause, la prochaine tempête se prépare déjà.
Par Regard Sur l’Afrique – Texte traduit Mente Alternativa




















































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