Le détroit d’Ormuz a désormais une liste d’invités. Et cette liste redessine la carte des puissances mondiales.
- La Chine passe. Des navires chinois transitent avec la mention « ÉQUIPAGE CHINOIS » diffusée sur le système AIS.
- L’Inde passe. Les pétroliers GPL Shivalik et Nanda Devi sont autorisés à franchir le détroit sous escorte.
- Le Pakistan passe. Les pétroliers Aframax à destination de Karachi sont autorisés.
- La Turquie passe.
- La Malaisie passe.
- L’Irak transite selon des modalités intergouvernementales.
- Le Bangladesh bénéficie d’une autorisation limitée.
- Le Sri Lanka a été publiquement qualifié de « nation amie » par l’ambassadeur iranien à Colombo ce matin.
- Les États-Unis, Israël, le Japon et la Corée du Sud, eux, n’y ont pas accès.
- Tout navire dont la propriété, l’assurance ou l’équipage est américain ou israélien est exclu. Aucun péage ne permet d’y entrer.
Ce passage n’est pas ouvert à tous : il est réservé à une coalition spécifique — les nations qui n’ont pas pris part à la guerre, ou celles que l’Iran estime pouvoir rallier en leur offrant l’accès au détroit.Quatre cents navires patientent au large.Seulement trois ont franchi le détroit ces dernières 24 heures.
Les Gardiens de la révolution iraniens façonnent désormais le commerce mondial, coque après coque. Chaque navire qui passe en payant en yuans fragilise l’architecture du pétrodollar. Chaque navire qui attend la renforce. Le détroit n’est plus une voie navigable : il devient un instrument de sélection. D’un côté, les pays admis. De l’autre, ceux alignés sur les États-Unis. Le passage, large de 34 kilomètres, coûte environ 2 millions de dollars, un tarif exprimé dans une devise autre que le dollar.
Les États-Unis qualifient ce système d’extorsion. Le CENTCOM a déclaré qu’il « ne tolérerait aucune restriction à la liberté de navigation ». Plus de 50 sites de missiles ont été frappés durant la nuit. Le plan américain pour démanteler ce système est Multi-domaine : destruction des infrastructures côtières des Gardiens de la révolution, escortes navales pour les pétroliers alliés, sanctions ciblées contre les intermédiaires du péage et, selon le Wall Street Journal, préparation d’opérations d’urgence contre l’île de Kharg afin de couper les revenus qui alimentent ce système.
La logique est simple : si les Gardiens de la révolution ne contrôlent plus le corridor, le système s’effondre. Sans recettes, le poste de contrôle disparaît. Si Kharg est neutralisée, l’Iran perd ses revenus d’exportation et une partie de son influence.
Les États-Unis ne cherchent pas à négocier avec ce dispositif : ils envisagent de le détruire.Mais la destruction ne résout pas tout.Chaque jour où ce système fonctionne prouve que le commerce mondial de l’énergie peut s’effectuer en yuans, via un point de passage stratégique non occidental — même en temps de guerre. Cette démonstration ne disparaîtra pas avec la fin du blocus. Elle restera inscrite dans les registres de chaque transaction effectuée.Autrement dit, ce système de paiement en yuans, né sous contrainte, peut devenir un modèle en temps de paix. Les Gardiens de la révolution perdront peut-être le contrôle du détroit, mais ils ne perdront pas la démonstration.
La Chine observe.Ses pétroliers circulent. Les paiements s’effectuent en yuans. Ses raffineries transforment le brut.
Et Pékin n’a tiré aucun coup de feu, n’a déployé aucun soldat, n’a exposé aucun actif. La guerre menée et financée par les États-Unis contribue, paradoxalement, à construire l’infrastructure financière dont la Chine pourrait hériter une fois les combats terminés. Le détroit sépare désormais les nations en deux catégories : celles qui paient en yuans, et celles qui attendent. Les premières s’élargissent. Les secondes se réduisent.
Et l’écart entre les deux se mesure dans une monnaie que ni Washington ni Jérusalem ne contrôlent. Trois navires ont franchi le passage. Quatre cents attendent. Une seule liste d’invités. Deux devises.Le détroit devient un lieu d’audition pour le prochain ordre monétaire.
Par Regard Sur l’Afrique et Géopolitique Mondiale





















































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