Le projet doit contribuer à la stabilité des recettes gazières en s’appuyant sur des infrastructures mutualisées et une production rationalisée.
Le Cameroun et la Guinée équatoriale ont signé le mardi 3 février un accord d’unitisation du champ gazier transfrontalier Yoyo-Yolanda, une étape juridique décisive vers l’exploitation conjointe d’un gisement estimé à 2 500 milliards de pieds cubes de gaz naturel. Cet accord combine les deux permis d’exploitation situés de part et d’autre de la frontière maritime en une seule unité de production commune.
Ce dispositif s’inscrit dans le traité bilatéral conclu en 2023 par les deux États pour permettre le développement conjoint des réserves d’hydrocarbures dans le golfe de Guinée. Le traité a été ratifié par les parlements nationaux et déposé au Secrétariat général des Nations unies en janvier 2025 afin d’en garantir le caractère irrévocable.
Partage des ressources à 84 % pour Yoyo et 16 % pour Yolanda
L’unitisation permet d’exploiter un même réservoir transfrontalier selon des règles techniques, contractuelles et opérationnelles harmonisées. Elle vise à éviter une production concurrente entre les deux pays et à sécuriser le partage des volumes. Les études conjointes établissent une clé de répartition de 84 % des ressources pour le bloc Yoyo, côté camerounais, et de 16 % pour le bloc Yolanda, côté équato-guinéen.
Le schéma de développement est centré sur le bloc Yoyo qui accueille l’infrastructure principale du projet. Il prévoit l’installation d’une plateforme de traitement dans le périmètre du contrat de partage de production de Yoyo ainsi que le forage de trois puits de développement. Concrètement, l’accord permet aux opérateurs Noble Energy et Chevron de mener des opérations de forage et de production de part et d’autre de la frontière maritime dans un cadre industriel unique. Les activités sont organisées comme s’il s’agissait d’un seul champ, avec une coordination technique commune.
Le gaz produit sera acheminé par deux pipelines distincts. Le premier reliera le champ au centre de traitement de Bipaga, dans le sud du Cameroun. Le second alimentera le complexe industriel de Punta Europa, sur l’île de Bioko en Guinée équatoriale, en utilisant les infrastructures existantes du champ Alen.
Chevron a été désigné opérateur technique du projet. L’investissement global nécessaire à son développement est évalué à 4 milliards de dollars. Selon Jim Swartz, directeur général de Chevron pour le Nigeria et la région mid-Africa, Yoyo-Yolanda est central dans la stratégie du groupe visant à soutenir l’approvisionnement à long terme en gaz naturel liquéfié et à valoriser les infrastructures existantes d’Alen et de Punta Europa, côté équato-guinéen. Le projet doit par ailleurs alimenter les capacités industrielles de liquéfaction déjà installées à Punta Europa, côté Guinée équatoriale.
Pour les deux pays, l’unitisation du champ Yoyo-Yolanda intervient dans un contexte de pression sur les finances publiques liées aux hydrocarbures. Le vieillissement des champs, la volatilité des cours internationaux et l’instabilité du dollar pèsent en effet sur les recettes pétrolières. Le projet apparaît comme un levier de stabilisation des revenus gaziers à moyen et long terme par la mutualisation des infrastructures et l’optimisation de la production.
Des discussions restent en cours entre les deux États et l’opérateur sur la loi applicable à l’unité de production ainsi que sur les modalités de la réglementation des changes. Ces arbitrages sont présentés comme déterminants pour sécuriser les flux financiers issus de l’exploitation du gisement.
RSA Par Olivier de Souza






















































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