L’accord de délimitation maritime signé entre la Turquie et le gouvernement libyen basé à Tripoli suscite depuis 2019 la colère de la Grèce, de l’Egypte et de Chypre, car il permet à Ankara de faire valoir des droits sur de vastes zones riches en hydrocarbures en Méditerranée orientale.
La Chambre des représentants libyenne basée à Benghazi (Est) a approuvé à l’unanimité, le mardi 20 octobre, un accord de délimitation maritime signé entre Ankara et Tripoli en 2019, ouvrant la voie à la prospection et à l’exploitation conjointe d’hydrocarbures dans une zone convoitée par d’autres pays riverains en Méditerranée orientale.
Cet accord, qui délimite les zones économiques exclusives (ZEE) des deux pays, avait été conclu en novembre 2019 entre le Gouvernement d’union nationale (GNU) libyen, reconnu par l’ONU, et le gouvernement turc. Il n’a pas été alors ratifié par le Parlement basé à l’Est du pays, en raison des rivalités qui opposent le gouvernement d’union nationale basé à Tripoli (Ouest) à l’exécutif parallèle basé à Benghazi et acquis au maréchal Khalifa Haftar, qui contrôle de larges pans du territoire libyen. À l’époque, Ankara avait soutenu militairement l’autorité basée à Tripoli, empêchant une prise de la capitale par l’Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Haftar.
Le vote du Parlement libyen, qui marque un revirement spectaculaire des autorités de l’Est libyen, fait suite à un récent réchauffement des relations diplomatiques entre Ankara et Benghazi.
En validant l’accord, la Libye unifie sa position institutionnelle vis-à-vis d’Ankara. Elle redistribue, dans le même temps, les cartes énergétiques dans la région de la Méditerranée orientale.
Pour la Turquie, le texte controversé ouvre la voie aux navires de forage et de prospection sismique turcs pour explorer les fonds marins à la recherche de pétrole et de gaz naturel, non seulement dans ses propres eaux revendiquées, mais aussi potentiellement dans la Zone économique exclusive (ZEE) libyenne via des concessions conjointes avec Tripoli et Benghazi. Il offre aussi à la Libye un partenaire technologique et opérationnel de premier plan pour lancer de vastes campagnes de prospection et d’exploitation de ses hydrocarbures offshore, essentiels pour financer la reconstruction du pays.
Risque de verrouillage des projets concurrents
L’accord trace une ligne de frontière maritime rectiligne entre le sud-ouest de la Turquie et le nord-est de la Libye. Cela crée un corridor maritime continu à travers la Méditerranée orientale. En traversant l’espace maritime situé entre la Crète et Chypre, ce tracé sépare géographiquement la Grèce de Chypre et des autres pays du Levant tels que l’Egypte et Israël. Il risque ainsi de compliquer la concrétisation de projets énergétiques concurrents sans la participation de la Turquie.
Le ministère grec des Affaires étrangères a estimé, dans un communiqué publié quelques heures après la ratification de l’accord par le Parlement libyen, que ce texte « violait le droit international de la mer et portait atteinte aux droits souverains des États de la région », arguant que la « Turquie et la Libye ne disposaient pas de côtes opposées ou adjacentes qui justifieraient une telle délimitation maritime ». Pour Athènes, l’entente entre la Libye et la Turquie ignore délibérément l’existence des îles grecques situées entre les deux pays, dont la Crète, Karpathos et Rhodes, qui possèdent un plateau continental propre.
L’Union européenne a, pour sa part, réitéré son rejet du texte. « Cet accord porte atteinte aux droits souverains d’États tiers, il n’est pas conforme au droit de la mer, il est nul et non avenu », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sur le réseau social X. Mercredi 21 octobre, l’Égypte a également rejeté cette ratification, tandis que Chypre n’a pas encore officiellement réagi.
RSA avec Ecofin Par Walid Kéfi























































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