Une fois au pouvoir, il fit l’inverse. Selon des sources parlementaires bipartisanes documentées, l’administration Trump mena activement des pressions sur les élus républicains pour empêcher l’adoption d’une loi contraignant le ministère de la Justice à rendre ces dossiers publics. Ce n’est qu’après avoir été politiquement débordé par une coalition bipartisane – la Chambre des représentants adoptant le texte à 427 voix contre 1 le 18 novembre 2025 – que Trump signa l’Epstein Files Transparency Act le lendemain.
Réquisitoire sur un discours, une guerre, et l’effondrement d’un ordre
«We’re not at war».
C’est ainsi que Donald Trump a résumé la situation, alors que des villes brûlent, que des civils meurent, que le détroit d’Ormuz est fermé et que le monde vacille. Dix-neuf minutes plus tard, le réel est intact – et le mensonge aussi.
Dix-neuf minutes
Le 1er avril 2026, Trump parle pendant dix-neuf minutes d’une guerre déclenchée trente-deux jours plus tôt sans Congrès, sans ONU, sans coalition. En un mois : des milliers de morts, des dizaines de milliers de blessés, des infrastructures détruites, un système énergétique perturbé. Dix-neuf minutes. Pas un nom. Pas un enfant. Pas une école.
Sans mandat
Qui autorise la guerre ? Ni le Congrès, ni les Nations unies. Le War Powers Resolution est contourné. Des analyses juridiques évoquent une intervention préventive fragile. Ce n’est pas un vide juridique. C’est un choix.
Le langage contre le réel
Le discours ne décrit pas les faits, il les remplace. Pas de changement de régime – puis changement de régime. Guerre nucléaire – puis indifférence. Cessez-le-feu – puis démenti. Zéro inflation – alors que les prix montent. Ce n’est pas une erreur. C’est une méthode : une grammaire du mensonge.
Minab
Le 28 février, une école de filles à Minab est frappée. Entre 165 et 175 mortes, majoritairement âgées de 7 à 12 ans. Nom : Shajareh Tayyebeh, «l’Arbre Vertueux». Des fragments de missiles Tomahawk sont identifiés, les enquêtes convergent vers une frappe fondée sur un renseignement erroné. Un témoin : «Il n’y avait plus de toit… seulement des cris». Des cercueils d’enfants, des tombes creusées à la pelleteuse. Les Nations unies parlent de choc absolu. Trump ne prononce jamais ce nom. Ce n’était pas une bavure. C’était une frappe. Et une frappe sur une école n’est pas une tragédie. C’est un crime.
Le silence
Les morts existent, mais certains disparaissent. Achille Mbembe l’a montré : le pouvoir décide qui mérite d’être pleuré. À Minab, des enfants meurent. Dans le discours, ils n’existent pas. Le silence devient une stratégie.
Le ridicule
Le moment clé se joue ailleurs. Lors d’un déjeuner privé, Trump déclare : «I call up France, Macron – whose wife treats him extremely badly. Still recovering from the right to the jaw». Moquerie, accent imité, rires. Pendant ce temps, des villes brûlent, des civils fuient, des corps sont extraits des décombres. Le contraste est total. Le pouvoir devient spectacle, puis caricature.
La mer
Le détroit d’Ormuz est fermé. 20% du pétrole mondial à l’arrêt. Malgré sa puissance, Washington ne rétablit pas la circulation. Un expert parle d’un «échec monumental». L’Iran impose un verrou stratégique. L’empire contrôle le ciel, mais plus la mer – et dans cette guerre, c’est la mer qui décide.
La fracture
L’OTAN ne suit pas. Refus, restrictions, désalignement. L’alliance se fissure, et avec elle une partie de l’ordre occidental.
Les purges silencieuses
À Washington, plusieurs figures militaires et responsables sécuritaires sont discrètement écartés ou marginalisés dans les jours qui suivent. Officiellement, il s’agit d’une réorganisation. Officieusement, les tensions internes s’intensifient. Lorsque les généraux disparaissent du champ décisionnel, ce n’est pas seulement la stratégie qui vacille – c’est le pouvoir lui-même qui se reconfigure.
Suez
1956 : victoire militaire, défaite stratégique. 2026 : même illusion, même basculement. Mais cette fois, sans arbitre.
Le basculement
Ibn Khaldoun l’avait vu : les empires déclinent lorsque la force remplace la légitimité. Bennabi l’avait averti : ils meurent lorsqu’ils ne savent plus se juger eux-mêmes. Une puissance qui bombarde une école, nie et efface entre dans une autre phase. Non plus la guerre. La rupture.
Trente-deux jours
Trente-deux jours. Trente-deux mensonges. Trente-deux fractures. Pas une victoire. Une transformation.
Dernière phrase
«Everything is under control».
Rien ne l’est.
RSA Par Laala Bechetoula
























































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