Le Cameroun pleure ce samedi 9 mai 2026 la disparition du Général de division Philippe Mpay, décédé à Yaoundé des suites d’une maladie à l’âge de 87 ans. Surnommé « Man Badjob » en référence à sa détermination légendaire, ce haut gradé a marqué l’histoire des forces armées camerounaises par son engagement sans faille contre la criminalité, notamment dans la traque des coupeurs de route qui semaient la terreur dans le septentrion du pays.
Ancien patron du Commandement Opérationnel – une unité spéciale créée en 2000 pour lutter contre le grand banditisme –, le Général Mpay laisse derrière lui un héritage complexe, à la fois célébré pour ses résultats dans la sécurisation des zones à risque et controversé pour les méthodes employées sous son commandement.
Un parcours militaire entre exploits et polémiques
Le Général Mpay a incarné, pour beaucoup, la fermeté de l’État face à l’insécurité. Ses opérations contre les gangs armés et les réseaux de banditisme ont contribué à restaurer un semblant de stabilité dans des régions longtemps livrées à l’anarchie. Pourtant, son nom reste indissociable de l’une des affaires les plus sombres de l’histoire récente du Cameroun : l’exécution extrajudiciaire des 9 de Bepanda.
L’affaire des 9 de Bepanda : un drame qui a ébranlé le pays
En 2001, neuf jeunes hommes, tous âgés de moins de 30 ans, sont arrêtés dans le quartier Bepanda Omnisports à Douala. Leur crime ? Être soupçonnés par une voisine d’avoir volé sa bouteille de gaz. Cette dernière, bénéficiant de relations au sein de la gendarmerie, alerte les forces de l’ordre. Les neuf jeunes sont interpellés par des éléments du Commandement Opérationnel, puis disparaissent.
Des témoignages et enquêtes ultérieures révéleront qu’ils ont été sommairement exécutés sans procès, leurs corps n’ayant jamais été retrouvés. L’affaire, étouffée pendant des années, devient un symbole des dérives des forces de sécurité et de l’impunité. Chaque dimanche après-midi, des marches pacifiques sont organisées à Bepanda pour exiger justice, menées par une figure emblématique de la société civile : Anicet Ekane.
La répression des marches pour la vérité
Les manifestations, bien que pacifiques, sont systématiquement réprimées par les forces de l’ordre, qui n’hésitent pas à recourir aux gaz lacrymogènes pour disperser les foules. Anicet Ekane, devenu le visage de cette lutte pour la vérité, paiera cher son engagement : son enterrement a lieu ce même 9 mai 2026, jour de la mort du Général Mpay. Une coïncidence qui ne manque pas de frapper les esprits et de raviver les souvenirs douloureux de cette affaire.
Un héritage contrasté
Le Général Mpay laisse derrière lui une image ambivalente :
- Pour ses partisans, il était un soldat inflexible, un rempart contre le chaos, dont les actions ont sauvé des vies et permis de rétablir l’ordre dans des zones abandonnées.
- Pour ses détracteurs, il symbolise les excès d’un système sécuritaire où la fin justifie les moyens, et où les droits humains sont trop souvent sacrifiés sur l’autel de la « raison d’État ».
Son décès intervient dans un contexte où le Cameroun continue de faire face à des défis sécuritaires majeurs (crise anglophone, terrorisme dans l’Extrême-Nord, criminalité urbaine), tout en étant régulièrement pointé du doigt pour les violations des droits de l’homme commises par ses forces de sécurité.
Que reste-t-il de l’affaire des 9 de Bepanda ?
Plus de deux décennies après les faits, aucune justice n’a été rendue pour les familles des victimes. Les marches de Bepanda, bien que moins médiatisées aujourd’hui, restent un symbole de la lutte pour la vérité et la transparence. La mort du Général Mpay relance inévitablement les questions :
- Les responsables de ces exécutions extrajudiciaires seront-ils un jour identifiés et jugés ?
- L’État camerounais reconnaîtra-t-il officiellement sa responsabilité dans cette affaire, comme l’ont demandé à maintes reprises les organisations de défense des droits humains ?
Un adieu en demi-teinte
Alors que le Cameroun enterre aujourd’hui deux figures aux trajectoires opposées – le Général Mpay, militaire controversé, et Anicet Ekane, militant infatigable –, une question persiste : comment concilier la nécessité de lutter contre l’insécurité avec le respect des droits fondamentaux ? Le débat, lui, est loin d’être clos.
En attendant, les familles des 9 de Bepanda continuent d’attendre des réponses. Et le Cameroun, lui, reste marqué par ces pages sombres de son histoire récente.
Par RSA avec 237online






















































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