Le président des Etats-Unis a dilapidé son capital en reniant une bonne partie de ses promesses de campagne. Mais le vote du 3 novembre sanctionne davantage les problèmes de pouvoir d’achat des Américains que les assauts inquiétants contre l’Etat de droit auxquels le républicain s’est livré depuis son retour à la Maison Blanche.
La démocratie américaine a parlé, le 3 novembre, à l’occasion des élections de mi-mandat. Et d’une voix assez forte pour balayer toute tentation d’en discuter les résultats. Il est tentant de voir dans la déroute enregistrée par le président des Etats-Unis le début de la fin du trumpisme. Contrairement au précédent de 2018, le locataire de la Maison Blanche partait d’un socle électoral plus favorable, fort d’une réélection incontestable et d’une coalition électorale qui agrégeait aux électeurs républicains traditionnels des voix venues de minorités longtemps acquises au Parti démocrate.
En vingt mois, Donald Trump a pourtant dilapidé son capital en reniant une bonne partie de ses promesses de campagne. Il a relancé l’inflation du fait de l’imposition de droits de douane massifs, alors qu’il s’agissait d’une des raisons, avec l’immigration, de la défaite de la vice-présidente démocrate Kamala Harris, en novembre 2024. Il a également engagé son pays dans une nouvelle guerre ingagnable, au point que l’agression de l’Iran et le bourbier qui s’est ensuivi pourraient précipiter un désengagement des Etats-Unis au Moyen-Orient. Donald Trump a également campé sur un soutien sans nuance aux magnats de la tech alors que la contestation des projets de data centers énergivores, associés à des hausses de coûts de l’électricité et peu pourvoyeurs d’emplois, s’est imposée dans les urnes.
Il ne faut donc pas se méprendre sur la nature du vote du 3 novembre, qu’une campagne décousue au cours de laquelle Donald Trump a multiplié les injures et les digressions a certainement amplifié. Ce vote sanctionne plus les problèmes de pouvoir d’achat quotidiens associés à sa présidence que les assauts pourtant inquiétants contre l’Etat de droit auxquels le républicain s’est livré dès son retour à la Maison Blanche, faisant mine de croire que sa réélection valait approbation d’une remise en cause des institutions.
Parce qu’il s’agit de ce président, un « gouvernement divisé », expression qui désigne outre-Atlantique l’opposition entre un exécutif et un législatif de couleurs politiques différentes, constitue donc un frein bienvenu. Le pouvoir de contrôle que le Congrès dominé par le Grand Old Party refusait de faire jouer devrait retrouver de la vigueur. Il est grand temps, compte tenu des dérives sans précédent constatées, en l’espace de vingt mois seulement, en matière de conflit d’intérêts et de trafic d’influence.
Les démocrates pourraient être tentés d’engager une troisième procédure de destitution à l’encontre du président des Etats-Unis. En dépit de leur triomphe dans des Etats considérés comme solidement républicains, la majorité qualifiée requise au Sénat pour faire aboutir une mise en accusation adoptée à la Chambre des représentants rend très improbable un impeachment, qui ne serait donc qu’une perte de temps.
Après une « raclée », l’expression utilisée par le démocrate Barack Obama pour caractériser sa propre défaite, pourtant d’une ampleur moindre, aux élections de mi-mandat de 2010, un président conserve pourtant d’appréciables prérogatives. Notamment en matière de politique étrangère. Le même Barack Obama, après une autre défaite en 2014, avait ainsi obtenu des résultats importants sur la scène internationale, qu’il s’agisse de l’accord sur le nucléaire iranien, de l’entente avec la Chine sur la réduction des gaz à effet de serre ou encore de la normalisation avec Cuba. Trois percées sur lesquelles Donald Trump était immédiatement revenu, avec les conséquences que l’on mesure aujourd’hui sur l’Iran.
Le républicain va donc conserver une capacité d’action que beaucoup vont considérer comme une capacité de nuisance, à commencer par les Ukrainiens, qui assistent, impuissants, à un alignement de Washington sur Moscou alors que les bombardements russes déciment presque quotidiennement la population civile. Le trumpisme n’a pas encore été rayé de la carte politique américaine, le 3 novembre.
Par RSA avec Lemonde
























































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