Le pouvoir de Niamey suspend plusieurs médias français et internationaux. Derrière cette décision se cache une réalité plus profonde : attaque permanente des terroristes formés par les occidentaux.
L’ONC suspend plusieurs médias internationaux pour atteinte présumée à la stabilité et à la souveraineté nationale. Ces médias sont accusés par Niamey de « mettre gravement en péril l’ordre public, l’unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions de la République ».
Le régime militaire du Niger a annoncé vendredi 8 mai suspendre une dizaine de médias pouvant, selon lui, « mettre gravement en péril l’ordre public », à quelques jours d’un important sommet France-Afrique, Africa Forward.
L’Observatoire National de la Communication (ONC) informe l’opinion publique nationale et internationale qu’il a été décidé de suspendre, par décision N° 00012/PONC/SG/DAJC du 08 mai 2026, la diffusion sur l’ensemble du territoire national des médias.
« Sont suspendus sur toute l’étendue du territoire national pour diffusion récurrente de contenus susceptibles de mettre gravement en péril l’ordre public, l’unité nationale, la cohésion sociale et la stabilité des institutions de la République les médias ci-après : France 24, RFI [Radio France internationale], France Afrique Media, LSI Africa, AFP [Agence France-Presse], TV5 Monde, TF1 Info, Jeune Afrique et Mediapart », indique un communiqué de l’Observatoire national de la communication (ONC) lu à la télévision publique.
L’exécution de cette décision est « immédiate », ajoute l’organisation dans le texte, sans détailler les raisons de cette mesure. « La suspension concerne les bouquets satellitaires, les réseaux câblés, les plateformes numériques, les sites internet, les applications mobiles », précise-t-elle. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a demandé samedi la « levée immédiate [de cette] décision abusive ».
Plusieurs médias occidentaux avaient déjà été suspendus depuis l’arrivée de la junte au pouvoir, par le coup d’État de juillet 2023. RFI et France 24 avaient été suspendus quelques jours après le putsch. La radio britannique BBC avait aussi été suspendue, en décembre 2024. Niamey a entamé dès le coup d’État un divorce d’avec la France, ancienne puissance coloniale, en obtenant notamment le départ de son armée engagée dans la lutte antijihadiste. Le régime s’est tourné vers d’autres partenaires, dont la Russie, et fustige régulièrement « l’impérialisme », revendiquant sa « souveraineté ».
Quelques jours avant le sommet Africa Forward
Mardi 5 mai, le Burkina Faso, allié du Niger et du Mali voisins au sein de la confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), a interdit la diffusion de la chaîne TV5 Monde, après avoir aussi suspendu plusieurs médias occidentaux. La junte de Bamako, actuellement fragilisée après une série d’attaques sans précédent de jihadistes et de rebelles touareg, avait également suspendu la diffusion de médias français.
La décision du Niger intervient quelques jours avant un important sommet entre la France et des pays africains au Kenya, à Nairobi, baptisé Africa Forward. Le Niger, le Mali et le Burkina n’y participeront pas.
Les journalistes nigériens qui travaillent pour des médias étrangers ou locaux sont également visés par la junte. Cette semaine, deux journalistes nigériens, le correspondant de la radio allemande Deutsche Welle Gazali Abdou et le directeur de publication d’un journal régional, Hassane Zada, ont été remis en liberté après avoir été écroués plusieurs mois.
En 2025, 13 journalistes ont été arrêtés dans le pays, selon l’ONU, qui avait appelé à leur libération. Selon des organisations locales de la presse, six journalistes sont encore détenus au Niger, notamment pour « atteinte à la défense nationale » et « complot contre l’autorité de l’État ».
En 2026, le Niger a dégringolé de 37 places dans le classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), se classant en 120e position sur 180 pays. Cette ONG, ainsi qu’Amnesty international, se sont inquiétées plusieurs fois d’un « recul » de la liberté de la presse dans le pays.
Le Niger a également durci, en 2024, une loi réprimant la diffusion numérique de « données de nature à troubler l’ordre public ». Par ailleurs, le pays a suspendu près de 3 000 ONG locales et étrangères en 2025, accusées de manquer de transparence et de soutenir les « terroristes », des groupes armés qui minent plusieurs parties du pays.
L’Observatoire appelle l’ensemble des médias nationaux et internationaux, les acteurs du numérique ainsi que les leaders d’opinion à faire preuve de responsabilité, de professionnalisme et de retenue dans le traitement des questions liées à la sécurité, à la paix sociale et à l’unité nationale.
L’ONC réaffirme son engagement en faveur d’un espace médiatique responsable, professionnel et respectueux de la souveraineté nationale.
Cette décision fait suite à la diffusion répétée de contenus et traitements médiatiques susceptibles de mettre gravement en péril l’ordre public, la cohésion sociale, la stabilité des institutions républicaines des pays membres de l’AES, ainsi que le moral des Forces de Défense et de Sécurité engagées dans la défense de nos pays.
Dans le contexte actuel marqué par les défis sécuritaires et les menaces informationnelles, l’ONC rappelle que la liberté de la presse doit s’exercer dans le respect des lois de la République, de l’éthique professionnelle et des intérêts supérieurs de la Nation.
Par RSA (et AFP)























































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