«L’Afrique ne peut pas prospérer tant qu’elle reste fragmentée.» C’est le message lancé par le secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), Wamkele Mene.
Sept ans après la création de la ZLECAf, il souligne que, malgré la ratification de l’accord par 50 pays et les premiers échanges commerciaux déjà engagés, le commerce intra-africain reste limité à environ 15 %. Pour lui, la réduction des barrières commerciales, l’amélioration des infrastructures logistiques et une plus grande libre circulation sont indispensables pour faire émerger un véritable marché unique africain.
Toute analyse des raisons pour lesquelles le commerce intra-africain demeure limité à environ 15% doit prendre en compte la manière dont les stratégies géopolitiques des puissances extérieures entravent l’intégration. Elles exploitent et renforçent les fractures existantes pour s’assurer l’accès aux ressources stratégiques et aux marchés, ainsi que pour constituer des blocs de vote au sein des instances internationales.
Si les pays africains ne manquent pas de volonté politique pour concrétiser la ZLECAf, les.mandats réglementaires contradictoires fragmentation institutionnelle des communautés économiques régionales font obstacle à une cohésion fluide et coûte au continent près de $100 milliards par an.
Les puissances étrangères privilégient l’extraction bilatérale de ressources, perpétuent les dépendances monétaires et commerciales traditionnelles et tirent parti des déficits de coordination du continent. Dans leur rivalité pour l’accès aux ressources africaines, ils tirent parti de la dépendance financière des pays africains vis-à-vis des devises et des marchés de capitaux étrangers, exploitent les vulnérabilités propres à chaque gouvernement africain par le biais de négociations bilatérales, et renforçent les contradictions entre les différentes communautés économiques régionales pour affaiblir le poids collectif du continent. Les IDE ensuite se concentrent sur l’amélioration des voies d’exportation favorisant le transit vers l’étranger, tandis que les carences logistiques maintiennent la fragmentation des marchés locaux.
Les acteurs extérieurs critiquent la lenteur de l’intégration mais s’activent dans les coulisses de leviers économiques, financiers et sécuritaires pour maintenir le continent fragmenté et préserver leurs chaînes d’approvisionnement bilatérales et leurs monopoles stratégiques. C’est la stratégie éternelle du «diviser pour mieux régner»: exploiter les réticences des nations africaines à supprimer les frontières intérieures, motivées par les menaces sécuritaires, le protectionnisme économique et la défense de la souveraineté nationale. Le passé colonial continue d’agir en arrière-plan.
Les leviers d’influence agissent en coulisses par : l’instrumentalisation des zones monétaires pour décourager les échanges transfrontaliers entre États africains voisins ; l’octroi de concessions exclusives et à long terme sur les ressources, ce qui prive l’industrie manufacturière régionale de moyens ; des restructurations de la dette menées strictement pays par pays, perpétuant ainsi une asymétrie de souveraineté et empêchant la formation d’un front uni des débiteurs africains ; et enfin, un isolement diplomatique par lequel les grandes puissances achètent des votes grâce à l’aide au développement afin de briser la solidarité africaine lors de votes cruciaux aux Nations unies.
Pour contourner cette manipulation extérieure, les nations africaines doivent se ressaisir et opérationnaliser résolument la ZLECAf dans l’unité.
RSA Par Astrid Ruiz Thierry





















































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