L’Assemblée générale des Nations unies a adopté ce 4 août 2026, par 164 voix pour, une seule voix contre et six abstentions, la résolution intitulée « Corrigez la carte : rééquilibrer la représentation cartographique mondiale et promouvoir une représentation équitable des régions du monde, en particulier de l’Afrique ».
Le vote est largement favorable à l’initiative africaine. 164 pays ont approuvé la résolution, les États-Unis ont voté contre et six autres délégations se sont abstenues. Le texte intitulé « Corrigez la carte : rééquilibrer la représentation cartographique mondiale et promouvoir une représentation équitable des régions du monde, en particulier de l’Afrique » encourage les États, les organisations internationales et les acteurs concernés à privilégier des projections qui représentent plus fidèlement les superficies continentales. Le Togo a conduit la démarche au nom du groupe africain, avec l’appui de l’Union africaine.
La résolution s’attaque surtout à l’usage généralisé de la projection de Mercator. Conçue au XVIᵉ siècle par le cartographe flamand Gerardus Mercator, cette représentation répondait notamment aux besoins de la navigation. Elle conserve les directions et les angles, mais elle déforme progressivement les superficies à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. Cette distorsion modifie fortement la perception visuelle des continents. Le Groenland peut ainsi apparaître presque aussi grand que l’Afrique sur une carte de Mercator, alors que l’Afrique est environ 14 fois plus vaste que le Groenland.
L’Afrique représente 30 millions de km2
Avec plus de 30 millions de km², l’Afrique pourrait, selon les défenseurs de la campagne « Correct the Map », contenir les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Japon, le Mexique et une large partie de l’Europe, avec de la place en réserve. La résolution, non contraignante, n’a pas vocation à interdire l’usage de Mercator pour la navigation maritime ou aérienne, pour laquelle elle demeure techniquement adaptée. Elle invite en revanche les États membres, l’UNESCO, le PNUD et les grandes entreprises technologiques à adopter des représentations plus justes dans l’éducation, les médias et les systèmes numériques, et à revoir les programmes scolaires en conséquence.
C’est le ministre togolais des Affaires étrangères, de la Coopération et de l’Intégration africaine, Robert Dussey, qui a porté le texte devant l’Assemblée générale. Il a salué un vote à portée hautement symbolique : « L’adoption d’aujourd’hui est une victoire pour l’exactitude, et pour chaque enfant qui grandira désormais en voyant la véritable place de l’Afrique dans le monde. » Le chef de la diplomatie togolaise a précisé que Lomé entendait désormais œuvrer à une application concrète de la résolution, « dans les salles de classe, dans les institutions et sur les plateformes qui façonnent la manière dont le monde se regarde ».
Dans les semaines précédant le vote, Robert Dussey avait déjà planté le décor lors d’une intervention devant l’Assemblée, affirmant qu’« une carte n’est jamais neutre » et qu’elle « façonne les perceptions » et « influence la manière dont la place des peuples et des continents dans le monde est comprise ». Interrogé par Reuters à la veille du scrutin, il avait résumé sa conviction en une phrase : « Un monde juste commence par une carte juste. »
Une victoire pour l’Union africaine
Dans un communiqué, la diplomatie togolaise, qui a piloté le dossier pour le compte de l’Union africaine, estime que les distorsions cartographiques héritées de Mercator « ont entraîné des répercussions cognitives, éducatives, culturelles, géopolitiques et socioéconomiques durables, contribuant à une réduction drastique de la taille de l’Afrique et d’autres régions du monde dans l’imaginaire collectif mondial ». Le texte inscrit la démarche dans un registre mémoriel, la présentant comme « un acte de justice cognitive, de réparation mémorielle et de vérité historique ».
Du côté de la Commission de l’Union africaine, son président, Mahmoud Ali Youssouf, s’est dit dans un communiqué « satisfait de l’adoption » du texte porté « par le Togo au nom du groupe africain en faveur d’une représentation cartographique plus juste et plus fidèle de l’Afrique et des autres régions du monde ». Il y rappelle que la projection de Mercator « ne restitue pas fidèlement les superficies relatives des différentes régions du monde », le président de la Commission y voit « une avancée importante » et appelle les institutions internationales, les systèmes éducatifs, les éditeurs et les acteurs du numérique à « favoriser progressivement l’utilisation de représentations cartographiques plus fidèles aux superficies réelles ».
L’adoption s’inscrit dans un contexte institutionnel plus large : celui de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2025-2034) et de la Décennie d’action pour la justice et les réparations (2026-2035), proclamée par l’Union africaine, qui avait elle-même donné mandat au Togo, début 2026, pour porter cette initiative devant les instances onusiennes.
Une « distraction » selon Washington
Les États-Unis ont été le seul pays à voter contre le texte. Dans son explication de vote, la représentante de la mission américaine auprès des Nations unies, Yaryna Ferencevych, a exhorté les autres délégations à faire preuve de « bon sens » et à rejeter purement et simplement la résolution. Washington a fait valoir que le texte porterait une « agenda idéologique » et constituerait une diversion par rapport aux « véritables problèmes de paix internationale, de prospérité ou de bonnes relations » dont l’Assemblée générale devrait, selon elle, se saisir en priorité. La représentante américaine a par ailleurs jugé que la résolution était une « distraction » et tournait en dérision le travail et la vocation même de l’Assemblée générale.
Six délégations se sont abstenues lors du vote, sans que leur identité ait été rendue publique dans l’immédiat par les services de l’ONU. Ce résultat tranche avec un précédent scrutin porté par les États africains en mars 2026, consacré à la reconnaissance de la traite transatlantique comme « crime le plus grave contre l’humanité » et à la question des réparations, qui avait recueilli 123 voix pour, 3 contre — États-Unis, Israël et Argentine — et 52 abstentions. Le score nettement plus large obtenu par « Corrigez la carte » illustre, selon plusieurs observateurs, le caractère moins clivant d’un texte technique et non contraignant, comparé à des résolutions engageant directement la question des réparations financières.
La résolution étant dépourvue de caractère contraignant, sa portée dépendra désormais de sa mise en œuvre effective par les États, les organisations internationales et les acteurs technologiques appelés à revoir leurs outils cartographiques.
RSA Par Prosper LOUABALBE





















































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