Entre pressions budgétaires, tensions sécuritaires et besoins de création d’emplois, les États africains doivent répondre à une demande croissante en services publics et en infrastructures. Leur capacité à relever ces défis reste un enjeu majeur pour le développement du continent.
La gouvernance en Afrique n’a progressé que de 0,8 point en dix ans, pour atteindre un score moyen de 50,1 sur 100 en 2025. C’est ce que révèle l’Indice Ibrahim de la gouvernance en Afrique (IIAG) 2026, publié le samedi 31 octobre par la Fondation Mo Ibrahim. Les fondements des opportunités économiques (+3,7 points) et le développement humain (+2,5 points) s’améliorent, tandis que la sécurité et l’État de droit (-1,7 point), ainsi que la participation, les droits et l’inclusion (-1 point) reculent.
Publié tous les 2 ans, l’indice évalue la gouvernance dans les 54 pays africains à partir de 96 indicateurs issus de 51 sources de données. Regroupés en 4 grandes catégories, ils couvrent les dimensions politiques, économiques, sociales et sécuritaires de la gouvernance. Chaque pays reçoit une note sur 100.
Les Seychelles arrivent en tête dans le classement 2025 avec 78,6 points, devant Maurice (75) et le Cap-Vert (70,3). Le Maroc entre dans le Top 10, tandis que la Tunisie le quitte. Sur la décennie, 23 pays ont enregistré un recul de leur gouvernance globale.

Gouvernance en Afrique : classement des 54 pays en 2025 et évolution des scores entre 2016 et 2025 (Source : Fondation Mo Ibrahim, Indice IIAG 2026)
Des avancées économiques malgré la fragilisation des institutions
Les progrès économiques mesurés ne correspondent pas directement à la croissance du produit intérieur brut (PIB). Ils concernent les infrastructures, l’administration publique, l’environnement des affaires et l’économie rurale.
Les infrastructures affichent la plus forte progression parmi les 16 sous-catégories de l’indice, avec un gain de 7,7 points en dix ans. Selon la Fondation Mo Ibrahim, 52 des 54 pays africains ont amélioré leurs performances dans ce domaine, portées par le développement des télécommunications, de l’accès à Internet et de l’énergie.
Le Kenya illustre toutefois les divergences entre les différentes dimensions de la gouvernance. Sur la décennie, ses fondements des opportunités économiques ont progressé de 4,1 points, tandis que la sécurité et l’État de droit reculaient de 4,2 points. Dans le détail, le pays a gagné 9,7 points en infrastructures, mais perdu 7,7 points en sécurité et sûreté.
Cette évolution ne concerne pas uniquement les pays confrontés à des conflits armés. Le Ghana, la Tunisie et l’Ouganda figurent également parmi les États où les fondements des opportunités économiques ont progressé tandis que la sécurité et l’État de droit se détérioraient. Dans 25 pays, représentant près de 47 % de la population continentale, les conditions favorables à l’activité économique se sont améliorées entre 2016 et 2025. Les fondements des opportunités économiques y ont progressé de 4,4 points en moyenne sur dix ans, contre 5,2 points dans les 20 pays où la sécurité et l’État de droit se sont améliorés ou sont restés stables.
Les enjeux d’une gouvernance à plusieurs vitesses
Le recul de certaines dimensions institutionnelles apparaît également dans d’autres évaluations récentes. Selon le « Freedom in the World 2026 », publié par Freedom House, les droits politiques et les libertés civiles se sont détériorés dans 18 pays africains en 2025, contre 11 ayant enregistré une amélioration. International IDEA relève des dégradations dans au moins un domaine lié aux élections, au fonctionnement des Parlements, à la justice ou aux libertés civiles dans 31 pays africains entre 2020 et 2025. Ces évaluations reposent toutefois sur des critères et des périodes différents de ceux de Mo Ibrahim.
La Banque mondiale prévoit une croissance de 4,3 % en Afrique subsaharienne cette année, contre 4,1 % en 2025.
Ces résultats s’inscrivent dans une conjoncture économique exigeante pour les pays africains. Dans son rapport « Africa Economic Update » d’octobre 2026, la Banque mondiale prévoit une croissance de 4,3 % en Afrique subsaharienne cette année, contre 4,1 % en 2025. Ce rythme reste insuffisant, selon l’institution, pour répondre aux besoins de création d’emplois et de réduction de la pauvreté, tandis que le service de la dette limite les ressources disponibles pour les investissements publics.
Dans ces conditions, l’évolution de la sécurité et de l’État de droit intéresse aussi les acteurs économiques, pour lesquels la protection des activités, la prévisibilité des règles et l’exécution des contrats sont des enjeux concrets. Reste une inconnue : dans quelle mesure les dégradations institutionnelles observées par Mo Ibrahim ont-elles déjà pesé sur l’investissement, l’emploi ou la qualité des services publics dans les 25 pays concernés ? Les données de l’indice ne permettent pas de mesurer directement ces effets.
RSA avec Ecofin Par Louis-Nino Kansoun






















































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