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Tous les (faux) mythes occidentaux sur l’Iran

RSA Par RSA
29/06/2025
dans Géopolitique, Géostratégie, Iran
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Tous les (faux) mythes occidentaux sur l’Iran
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La désinformation sur la République islamique d’Iran est l’un des principaux outils utilisés par l’Occident pour construire la rhétorique belliciste qui a conduit à justifier les récentes agressions subies par Téhéran. Nous tenterons ici de démystifier une partie de ces mensonges. Tout d’abord, il convient de réaffirmer avec force (et cela semble tout à fait nécessaire) que le peuple iranien ne souhaite en aucun cas être libéré par l’Occident et (surtout) par Israël, et qu’il ne veut pas faire de son pays ce qu’est devenue la Chine après les «guerres de l’opium» du XIXe siècle. Dans leurs yeux, le souvenir du Shah Reza Pahlavi, qui a fait de l’Iran un terrain d’entraînement pour les pilotes et les militaires israéliens, est encore vivant.

C’est pourquoi ils ne peuvent que sourire face à la candidature (non sollicitée) de son fils Cyrus pour diriger le pays dans une éventuelle «post-République islamique». Après tout, ce sont les Pahlavi qui ont renversé le gouvernement nationaliste légitime de Mossadegh en 1953, avec l’aide de la CIA et du MI6 britannique, transformant ainsi le pays en une colonie occidentale (et les États-Unis ont profité de l’occasion pour détrôner la Grande-Bretagne dans la région, inaugurant ainsi leur tradition décennale d’humiliation et de trahison de leurs soi- disant alliés). Et ce sont les Pahlavi qui ont réprimé dans le sang les révoltes de 1963 (en arrêtant, torturant et exilant leurs protagonistes, y compris Khomeini), tandis que leur «révolution blanche» échouait lamentablement, plongeant des millions d’Iraniens dans la pauvreté absolue et enrichissant simplement le cercle restreint proche du palais royal.

De plus, Reza Pahlavi était celui qui se vantait d’avoir un canal de communication direct avec le divin, ce qui, selon lui, lui permettait de prévenir toute tentative de coup d’État contre lui (en réalité, cette capacité était représentée par le fait que toute communication militaire d’un certain niveau passait obligatoirement par le palais royal). Dans son autobiographie «Cellule n°14» (récemment publiée en Italie), l’actuel Guide suprême de l’Iran, Ali Khamenei, raconte également les arrestations et les tortures subies aux mains de la Savak, la police secrète toute-puissante du Shah et principal instrument de répression du peuple pendant les années de la monarchie. En Occident, on a tendance à présenter les années de la monarchie en Iran comme une période de liberté et de développement. En réalité, c’est exactement le contraire.

Et le peuple iranien (à l’exception de quelques expatriés de longue date) n’éprouve aucune nostalgie pour cette époque. Il convient également de rappeler que les femmes iraniennes ne se battent pas pour pouvoir porter la minijupe. Pour les femmes iraniennes, ces questions sont totalement hors de propos. Quiconque a voyagé en Iran et connaît son histoire sait parfaitement que : 1) la condition des femmes (et leur émancipation) est nettement meilleure que dans tout autre pays de la région (y compris l’est de la Turquie) ; 2) avec l’avènement de la République islamique, la condition des femmes s’est indéniablement améliorée (65% des étudiants iraniens sont des femmes et les femmes occupent aujourd’hui des postes de premier plan dans divers domaines, de la médecine au journalisme en passant par l’éducation, les secteurs techniques et financiers liés à l’ingénierie, la construction navale ou la gestion des fondations religieuses sur lesquelles repose une partie de l’économie iranienne).

Tout aussi malvenue est la candidature de Mariam Rajavi, chef du Conseil national de la résistance iranienne, étroitement liée au MeK. L’histoire des Mujahedin-e Khalq mérite ici une brève parenthèse, compte tenu de l’intérêt que leur portent de nombreux politiciens occidentaux, y compris italiens. Né au milieu des années 60 sur des bases idéologiques mêlant des éléments marxistes à certains aspects propres à l’islam chiite (les membres étaient invités à vivre en collectifs et à étudier les modèles économiques du socialisme réel), le MEK a joué un rôle important dans les événements révolutionnaires, démontrant une capacité remarquable à organiser des actions rapides et efficaces contre le pouvoir du Shah.

Dans l’immédiat après-révolution, cependant, l’imam Khomeini a commencé (à juste titre) à douter des intentions réelles de Masoud Rajavi (dirigeant depuis 1979) et du mouvement lui-même qui, après avoir été exclu de la vie politique du pays, a opté pour la lutte armée contre la République islamique naissante. De 1981 à 1986, les dirigeants du MEK ont vécu un exil doré à Paris au cours duquel, après la création du Conseil national de la résistance (en coopération avec l’ancien premier président de l’Iran post-révolutionnaire Abolhassan Banisadr), ils ont cherché un nouveau consensus en Occident en se présentant comme un mouvement laïc, démocratique, favorable au libre marché et champion de la cause de l’autonomie du Kurdistan. Ce ne fut que le premier des nombreux changements de paradigme du groupe.

En effet, à partir de 1985, à la suite de son second mariage avec Maryam Azodanlu (ancienne épouse d’un de ses proches collaborateurs), Rajavi a commencé à parler d’une nouvelle «révolution idéologique» qui conduirait à l’égalité des sexes au sein du groupe. Pour ce faire, il attribua à sa nouvelle épouse le rôle de guide du MeK, la plaçant à son niveau et comparant ce nouveau mariage à celui du prophète Mahomet avec Khadija. Dans le même temps, il se réserva le titre d’Imam-e Hal (Imam du présent). À la suite de l’intervention de Téhéran en faveur de la libération de plusieurs citoyens français retenus en otages au Liban, le MEK a été contraint, en 1986, de quitter la France pour l’Irak, où il a pu bénéficier de la protection et de l’aide militaire du régime de Saddam Hussein en échange de services de traduction et d’opérations derrière les lignes ennemies dans cette guerre que l’Iran appelle la «Défense sacrée» (ou «guerre imposée»).

En 1988, à l’aube du cessez-le-feu définitif, Rajavi a lancé l’opération «Lumière éternelle» : en fait, une véritable tentative d’invasion de l’Iran par les miliciens du groupe dans l’espoir de déclencher un soulèvement populaire (qui n’a jamais eu lieu) contre la République islamique (une sorte de «Baie des Cochons iranienne» dont l’historiographie occidentale ne se souvient que pour les exécutions des hommes faits prisonniers par les autorités de la République islamique, sans jamais faire référence aux causes – une pratique très répandue dans une certaine propagande, celle qui consiste à inverser les causes et les effets d’un événement donné afin d’en attribuer la responsabilité à l’ennemi du moment – comme on l’a vu dans le cas ukrainien). Face à cet échec flagrant (le MeK a perdu plus de la moitié de ses membres), Rajavi, au lieu de reconnaître ses erreurs, s’est contenté d’accuser ses hommes d’avoir l’esprit détourné par des pensées de nature sexuelle.

À partir de ce moment, on assiste en effet à une nouvelle évolution idéologique au sein du mouvement, qui prend de plus en plus les caractéristiques d’une secte pseudo-religieuse vouée au culte de la personnalité de son couple dirigeant. Les membres (dont beaucoup sont retenus captifs contre leur gré, privés de leurs papiers, menacés de lourdes représailles en cas de fuite et soumis à un lavage de cerveau) se sont vu imposer le célibat et la rupture totale de toute communication avec leur famille. L’amour pour leur famille devait être remplacé par l’amour pour les Rajavi et l’espoir que l’avenir de l’Iran puisse être sous leur signe (comme le disent certains chants du groupe).

À cela s’ajoute le rôle joué par le MeK dans la répression des soulèvements populaires contre le régime de Saddam qui ont éclaté après l’opération Desert Storm. Une action qui s’est rapidement transformée en une forme de nettoyage ethnique et confessionnel contre la communauté chiite irakienne (ce qui, avec la participation directe à la «guerre imposée» et le meurtre de milliers de citoyens iraniens, a valu au groupe de perdre le peu de crédibilité qui lui restait en Iran) et contre la minorité kurde (ce qui est paradoxal si l’on considère que le MEK a souvent cherché à se présenter comme un défenseur de leur autonomie). Il va sans dire que la révolte a été largement encouragée par les États-Unis et la Grande-Bretagne (et non par l’Iran), qui ont ensuite immédiatement retiré leur soutien afin que le régime de Saddam puisse massacrer les chiites, tant détestés par les dirigeants de Bagdad que par ceux de Washington. Bien que le MEK ait toujours cherché à nier sa participation aux événements de 1991, une phrase de Masoud Rajavi est restée célèbre : «Mettez les Kurdes sous vos chars et gardez vos balles pour les Gardiens de la révolution».

En fait, le MEK est resté fidèle à Saddam Hussein jusqu’au bout, avec même une brève inscription sur la liste internationale des organisations terroristes jusqu’à son transfert en Albanie (même si, comme l’affirme un document intéressant de la Rand Corp, un influent think tank nord-américain, il n’a jamais été réellement traité comme tel). Depuis la deuxième agression occidentale contre l’Irak, on est d’ailleurs sans nouvelles de Masoud Rajavi – qui vit dans une forme de clandestinité qui rappelle de manière parodique celle du dernier imam du chiisme imamite – qui a laissé à sa femme le rôle de figure publique du Conseil national de la résistance. Enfin, il ne faut pas oublier que la République islamique elle-même, après l’attaque contre l’Irak, a proposé aux États-Unis un échange de prisonniers dans le cadre d’un projet plus large de coopération/normalisation des relations (qui n’a jamais abouti en raison des pressions du lobby sioniste à Washington) : des membres du MEK détenus dans les prisons de la coalition en Irak en échange de membres d’Al-Qaïda détenus en Iran.

Les États-Unis ont refusé, invoquant des doutes quant au respect des droits de l’homme dans les prisons iraniennes (ce qui est une fois de plus paradoxal si l’on considère les cas de torture à Guantanamo ou à Abu Ghraib). En réalité, ils l’ont fait en sachant que les membres du MEK (comme cela s’est effectivement produit) seraient utiles pour des opérations au-delà de la frontière iranienne (assassinats ciblés de scientifiques et d’officiers, par exemple). Cet excursus a servi en premier lieu à démontrer comment un mouvement qui jouit de très peu d’estime à l’intérieur des frontières de la République islamique est présenté en Occident comme une alternative crédible à celle-ci. Le faible succès populaire (une grande partie des membres actuels sont recrutés parmi les immigrants iraniens avec des promesses d’asile politique et d’emploi en Occident) s’accompagne en effet d’un succès politique et économique considérable obtenu grâce à des opérations audacieuses de promotion de son image dans les centres du pouvoir occidental, à une fraude manifeste (en se présentant sous le couvert de différentes associations de défense des droits de l’homme en Iran) et à la construction d’un véritable empire financier et immobilier (participations dans des sociétés, financement illicite de partis politiques, propriété de casinos et d’hôtels). Le discours sur le MEK s’accompagne sans aucun doute de celui sur la guerre Iran-Irak, qui est également source d’une importante mystification idéologique et historique.

Avant d’analyser cet événement en détail, il convient de rappeler à ceux qui accusent l’Iran d’avoir détruit le panarabisme que : 1) le panarabisme était déjà mort et enterré avant le conflit contre l’Irak, qui a d’ailleurs été déclenché par Bagdad ; 2) il est très difficile de considérer le Baas irakien et le régime de Saddam comme des expressions du panarabisme, même s’ils l’ont souvent utilisé comme couverture idéologique pour justifier la guerre contre la jeune République islamique. Tout d’abord, il convient de souligner les objectifs de Saddam Hussein lorsqu’il a agressé l’Iran : 1) l’hégémonie politico-économique sur le golfe Persique (ce qui l’amènera par la suite à envahir le Koweït afin de faciliter l’accès de l’Irak à la mer) ; 2) le contrôle total du Chatt al-Arab (zone fluviale d’une importance stratégique énorme pour l’économie irakienne) ; 3) le contrôle du Khuzestan iranien, riche en pétrole ; 4) limiter la pénétration des idées de la révolution islamique en Irak (la population chiite irakienne, bien que majoritaire, était gouvernée par une élite presque entièrement sunnite qui a secrètement exécuté l’important ayatollah Baqir al-Sadr au début des années 1980) ; 5) empêcher l’Iran de réémerger comme puissance régionale après le chaos révolutionnaire.

Saddam Hussein envisageait en outre un conflit limité à certaines localités, et non un conflit total et quasi existentiel. Parallèlement, malgré l’ordre d’attaquer, il affirmait être engagé dans une guerre défensive, c’est-à-dire dans la défense de sa souveraineté territoriale contre les intentions malveillantes des ayatollahs iraniens. En réalité, s’il est vrai que l’Iran avait soutenu le parti d’opposition al-Da’wa (et avait violemment attaqué Saddam et son régime, le qualifiant de marionnette des puissances impérialistes – il va sans dire que les puissances impérialistes, selon les canons islamiques, étaient à la fois l’URSS et les États-Unis), il est tout aussi vrai que l’Irak fournissait depuis longtemps des armes aux rebelles arabes du Khuzestan et avait déjà lancé avant 1980 plusieurs attaques au-delà de la frontière. Ainsi, le 22 septembre 1980, l’Irak lança des raids aériens contre dix aéroports et bases iraniennes importants et attaqua la jeune République islamique en trois points de la frontière (au nord, au centre et au sud). Au début, Bagdad remporta quelques succès limités, mais au prix de lourdes pertes, comme lors de la prise de Khorramshahr. À Abadan (centre d’importantes raffineries de pétrole), en revanche, les forces irakiennes rencontrèrent une résistance acharnée et durent faire face à un long siège. Ainsi, alors que Saddam pensait mettre fin à la guerre avant l’hiver, en décembre, l’Irak n’avait réussi à occuper que certaines parties du Khuzestan grâce à une combinaison de mérites défensifs iraniens (ces derniers, bien que surpris par l’invasion, réussirent à organiser rapidement une forte résistance grâce à l’utilisation combinée de l’armée régulière – malgré les purges importantes subies après la destitution du Shah – les Gardiens de la révolution, les unités de police et les volontaires) et aux défaillances iraquiennes.

Les officiers baasistes ont en effet commis plusieurs erreurs grossières dues à leur manque d’expérience et au fait que sous Saddam, on ne devenait pas officier pour ses mérites sur le terrain, mais pour sa loyauté aveugle au Raïs et son appartenance à son clan tribal (lié à la région proche de Tikrit). En ce qui concerne l’Iran, la guerre a provoqué les premières frictions entre les dirigeants religieux et les dirigeants purement politiques de la Révolution (ce qui s’était déjà manifesté lors de la crise des otages à l’ambassade américaine). En juin 1981, le président et commandant en chef des forces iraniennes, Abolhassan Banisadr, déjà mentionné, a été démis de ses fonctions. Et à partir de septembre 1981, les Iraniens ont lancé une contre-offensive qui, l’été suivant, a conduit les Irakiens à abandonner les positions conquises jusqu’alors. À ce stade, face à une défaite évidente, Saddam se déclara prêt à négocier un cessez-le-feu, mais l’Iran (qui avait entre-temps acquis une grande confiance) commença à exiger des conditions excessives, telles que la destitution du régime baasiste lui-même.

Ainsi, en juillet 1982, les dirigeants militaires de la République islamique, faisant leur le mot d’ordre khomeyniste qui considérait la libération de Bagdad comme indispensable à la libération de Jérusalem, ont choisi d’avancer en territoire irakien pour pousser au renversement du Raïs. Cependant, malgré le choix d’orienter l’offensive vers une région à majorité chiite (afin de déclencher un soulèvement populaire contre Saddam), celle-ci n’obtint pas de résultats particulièrement décisifs, conduisant à une impasse substantielle du conflit qui allait se prolonger pendant plusieurs années (à l’exception de quelques succès importants de l’Iran en 1986) à la consternation de la «communauté internationale», incapable de réagir même face aux attaques contre les civils (bombardements aveugles sur les villes iraniennes, sans objectifs militaires particuliers) et à l’utilisation répétée d’armes chimiques par les forces de Saddam.

À cet égard, il est intéressant de noter que l’ONU, bien qu’elle ait condamné l’utilisation d’armes chimiques dans le conflit dans plusieurs résolutions, malgré les preuves de leur utilisation par les troupes irakiennes, n’a jamais fait ouvertement référence à l’Irak (en raison du soutien inconditionnel, ou presque, dont bénéficiait le régime de Saddam dans de nombreux pays occidentaux, des États-Unis à la France). Cette dernière, en particulier, a joué pendant toute la durée du conflit, avec l’URSS, le rôle de principal fournisseur d’armes (y compris de haute technologie) à l’Irak. En ce qui concerne les États-Unis, il convient toutefois d’ouvrir une brève parenthèse, car à la même époque, ils étaient engagés à la fois dans la fourniture d’armes au djihad antisoviétique en Afghanistan et en Amérique latine pour contrer les forces «communistes» au Nicaragua, au Salvador et en Colombie.

La «doctrine Carter» prévoyait en outre une intervention directe des États-Unis dans le golfe Persique uniquement en cas de menace contre un allié des États-Unis ou contre les intérêts directs des États-Unis dans la région. Les événements qui ont conduit à la révélation du scandale Iran-Contra et à l’opération par laquelle Washington a fourni des armes et des pièces de rechange à l’Iran (soumis à un embargo), investissant les recettes dans le soutien aux groupes paramilitaires réactionnaires et anti-sandinistes au Nicaragua, sont bien connus. Cette opération n’avait toutefois aucune connotation idéologique particulière. L’objectif des États-Unis était simplement de prolonger le conflit le plus longtemps possible afin de pouvoir ensuite profiter des résultats en termes de conquêtes hégémoniques face à deux pays à genoux. L’ancien secrétaire d’État Henry Kissinger, par exemple, interrogé sur le sujet, a déclaré que le résultat idéal du conflit serait la défaite des deux parties.

En fait, sur la base de ces considérations, les États-Unis ont sciemment soutenu les deux parties (même si la balance penchait du côté irakien) : ils ont soutenu l’Iran lorsque l’Irak attaquait et ont aidé l’Irak lorsque c’était au tour de l’Iran de passer à l’offensive. Le soutien caché à l’Iran dans l’affaire Iran-Contras (d’ailleurs très limité) était en outre extrêmement ambigu. D’une part, cela violait le caractère officiel de l’opération Staunch visant à tarir le flux d’armes vers l’Iran (avec l’aide de la Chine, de la Corée du Nord, de la Syrie, de la Libye et même d’Israël, pour la simple raison que ce dernier percevait l’Irak comme une menace réelle pour son hégémonie dans le Proche-Orient), et d’autre part, elle avait pour objectif précis de fournir à l’Iran des informations de renseignement falsifiées afin de décourager ou de faire échouer dans l’œuf toute offensive potentielle susceptible de modifier la situation sur le front. Enfin, à partir de 1986, les États-Unis ont établi une ligne directe avec Bagdad, fournissant aux militaires baasistes les coordonnées et les mouvements des troupes iraniennes sur le terrain.

Dans le même temps, la CIA et le Pentagone ont encouragé les dirigeants baasistes à intensifier leurs attaques contre des cibles économiques et civiles iraniennes (en particulier les zones résidentielles des centres urbains et les navires marchands). Ainsi, au cours de cette phase de la guerre, passée à la postérité sous le nom de «guerre des pétroliers», l’Irak pouvait frapper impunément les navires iraniens, tandis que toute riposte iranienne était toujours contrée par la marine américaine qui, à partir de 1987, en est venue à déployer une flotte massive dans le golfe Persique. Pour preuve, le 17 mai 1987, une attaque à la roquette irakienne frappa l’USS Stark, causant la mort de 37 membres d’équipage.

L’Irak s’excusa immédiatement pour cet incident et, paradoxalement, les États-Unis utilisèrent cet événement pour accuser l’Iran de la recrudescence du conflit dans la région. Le 14 avril 1988, la frégate américaine Samuel Roberts a heurté une mine. Les États-Unis ont utilisé cet événement pour lancer l’opération «Prayer Mantis». Celle-ci avait pour objectif de provoquer la flotte et les navires iraniens afin qu’ils sortent à découvert en haute mer pour pouvoir les frapper facilement grâce à la supériorité technologique et à la puissance de feu de la flotte américaine. En réalité, l’ampleur des attaques américaines contre la flotte iranienne fut extrêmement importante. Enfin, toujours en ce qui concerne l’implication directe des États-Unis dans le conflit, il ne faut pas oublier l’épisode de la destruction de l’Airbus Iran Air, avec 290 civils à bord, alors qu’il effectuait un vol régulier entre Bandar Abbas et Dubaï, le 3 juillet 1988. À propos de cet incident, le commandant de l’USS Vincennes (le navire d’où a été lancé le missile, qui se trouvait d’ailleurs dans les eaux territoriales iraniennes) a déclaré avoir donné l’ordre de faire feu en pensant qu’il s’agissait d’un avion de combat de Téhéran. Cependant, comme l’ont également confirmé les contrôleurs aériens de Dubaï, l’avion était en train de prendre de l’altitude. Il ne pouvait donc pas constituer une menace pour le navire américain, auquel il s’était d’ailleurs identifié. Malgré cela, après que l’administration Reagan eut donné des explications sommaires, trompeuses et autoconsolatoires, le commandant américain fut récompensé par une médaille pour ses «mérites» sur le terrain.

Quoi qu’il en soit, la guerre prit fin officieusement le 18 juillet 1988, lorsque le président iranien de l’époque (l’actuel Guide suprême Khamenei), à l’invitation de Khomeini, a accepté la résolution 598 de l’ONU et le cessez-le-feu à un moment où l’Iran se trouvait en grande difficulté, avec peu d’armes à sa disposition (dans un isolement international total), dans une situation économique grave et sous la pression de l’agressivité nord-américaine dans le Golfe.

De son côté, deux ans après le cessez-le-feu et deux semaines après l’invasion du Koweït par l’Irak, Saddam Hussein a proposé de mettre définitivement fin au conflit en se déclarant prêt à accepter à nouveau les protocoles d’Alger de 1975 (signés par le Shah, qui définissaient les frontières entre les deux États). Une offre qui sonnait comme une sorte d’aveu de défaite au moment où l’Irak était trahi par les monarchies du Golfe qui l’avaient soutenu dans sa campagne destructrice contre l’Iran. Celles-ci, en particulier, avaient soutenu l’effort de guerre par crainte que l’affirmation de la révolution islamique en Iran ne déclenche un effet domino dans toute la région.

Cependant, l’idée même que Khomeini voulait exporter le modèle révolutionnaire iranien à toute la région (et que l’Iran aspire encore secrètement à ce projet) apparaît comme un autre des «mythes occidentaux» sur la République islamique. Ce projet, s’il a jamais existé, a dû se heurter immédiatement à la réalité de la guerre imposée par l’Irak, qui a rapidement coupé l’herbe sous le pied de toute aspiration iranienne potentielle. C’est en effet à la même période que remonte l’échec du Hezbollah al-Hijaz en Arabie saoudite ; tandis que le Hezbollah libanais n’a jamais eu pour objectif d’établir un «État islamique» à Beyrouth (ce qui est en soi impossible dans une réalité multiconfessionnelle). Les Houthis yéménites mériteraient une discussion à part, dont la doctrine zaydite sur l’imamat présente toutefois peu de points communs avec le khomeinisme, à l’exception de l’accent mis sur la justice sociale et le soutien aux opprimés. L’Iran a d’ailleurs choisi de soutenir ouvertement leur cause relativement récemment (après 2011).

Aujourd’hui, en revanche, le principal instrument de la géopolitique de Téhéran, le soi-disant «Axe de la Résistance», se présente comme une force éminemment défensive et jamais offensive. En effet, son rôle, dans la vision de Qassem Soleimani, était (et est toujours) de protéger la République islamique sur plusieurs lignes de défense (dont beaucoup ont disparu, comme dans le cas de la Syrie) et de représenter une sorte de réserve stratégique pour Téhéran en cas de conflit prolongé avec Israël.

En conclusion, il convient d’aborder la question du velayat-e faqih : le gouvernement du jurisconsulte en tant que principe sur lequel repose la Constitution de la République islamique d’Iran. Beaucoup en Occident ont tendance à l’identifier comme une invention khomeyniste, notamment pour inclure le khomeynisme lui-même dans le vaste cercle de l’islamisme politico-radical du XXe siècle. En réalité, la question est beaucoup plus complexe ; et le «gouvernement du jurisconsulte» n’est en aucun cas une invention de Khomeini ou une déformation de la doctrine théologique classique du chiisme.

En effet, celle-ci s’est historiquement divisée en une école quietiste qui voyait la religion soumise au pouvoir politico-militaire et une école activiste qui a souvent revendiqué le rôle de guide de la société par les religieux. Par exemple, l’éminent théologien chiite Ibn al- Mu’allim (mieux connu sous le nom de Shaykh al-Mufid, qui a vécu entre le Xe et le XIe siècle) rapporte : «Tant qu’il n’y a pas de sultan juste [à comprendre comme l’imam du temps] pour gérer ce qui a été mentionné dans ces sections de la jurisprudence, il appartient au mujtahid [expert en droit] véritable et juste, qui est également intelligent et vertueux, de gouverner ce dont le sultan juste était responsable».

De même, le juriste et théologien persan Shaykh Tusi (996-1067), fondateur du séminaire religieux de Najaf, a mentionné dans ses écrits, en particulier dans «Nihayah», que le juriste a des droits sur les fondements les plus importants de la société, ce qui signifie qu’il a le droit de rendre des verdicts, d’appeler à la guerre, de juger et d’appliquer les peines. Dans le même ordre d’idées, on retrouve le juriste Ibn Idris al-Hilli (XIIe siècle) et Allamah al-Hilli (1250-1325), autre juriste et théologien important, ainsi que Shaykh Murtada Ansari. Les opinions du juriste de l’époque safavide Muhaqqiq al-Thani et du grand penseur et mystique Mulla Sadra (1572-1641) ne sont pas moins importantes. Le premier a déclaré : «Les juristes et les érudits chiites imamites s’accordent sur le fait qu’un jurisconsulte juste, qui remplit les conditions pour rendre des verdicts et est accepté comme mujtahid dans la loi religieuse, est le représentant des imams pendant la dissimulation pour tout ce qui peut être représenté». Le second (qui a manifestement influencé la pensée de Khomeini à plusieurs niveaux) a déclaré : «Il est nécessaire qu’il y ait à tout moment un gardien (wali) chargé de préserver (qaim) le Coran dont il connaît les secrets (asrar) et les mystères (rumuz), afin de pouvoir l’enseigner aux fidèles et guider ceux qui reçoivent la guidance, et perfectionner les âmes de ses disciples et partisans craignant Dieu, et illuminer leurs cœurs avec la lumière de la connaissance».

Il s’ensuit que décrire le velayat-e faqih comme une invention khomeiniste apparaît, une fois de plus, comme une véritable mystification. Tout au plus pourrait-on discuter de la manière dont Khomeini a appliqué un concept propre à la tradition théologique chiite à la réalité contingente de l’Iran post-révolutionnaire. Mais dans ce cas, il faudrait une étude approfondie de la Constitution de la République islamique, qui se présente comme une combinaison d’instances séculières et d’autres principalement religieuses et comme le produit inévitable des différentes âmes du mouvement révolutionnaire.

Il est tout aussi mystificateur de considérer le courant chiite de l’islam comme une sorte de culte de la mort qui trouve son origine dans le sacrifice de l’imam Hussein à Kerbala en 680 après J.-C. Là encore, il faudrait un traité de théologie pour pouvoir simplement esquisser la théologie chiite sur ce sujet. Nous nous contenterons ici des paroles de Hassan Nasrallah (le chef du Hezbollah assassiné par Israël en septembre 2024) à propos de la mort au combat de son fils : «Mon fils n’a pas été tué alors qu’il traînait dans la rue. Il affrontait l’ennemi, une arme à la main, marchant vers le front avec détermination et confiance en lui, inspiré par le désir de détruire l’ennemi. Sa mort n’est pas une victoire pour Israël, mais une victoire pour le Hezbollah. Nous sommes fiers de cette mort (…) Je mentirais si j’essayais de vous faire croire que la mort de mon fils ne fait pas mal, mais il faut voir les choses ainsi : il est mort en martyr, et c’est la plus grande joie qu’un père puisse éprouver (…) nous croyons en Dieu et, selon notre croyance, les martyrs commencent une nouvelle vie, bien meilleure, au paradis. Ils ont une place spéciale auprès de Dieu».

RSA avec source : Strategika

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