Le sommet franco-africain « Africa Forward », qui s’est tenu à Nairobi, au Kenya, était présenté comme celui d’un nouveau partenariat économique et politique avec le continent africain.
Pour la première fois, un sommet Afrique-France s’est tenu dans un pays anglophone. Le choix du Kenya est loin d’être anodin, alors que l’Afrique anglophone affiche depuis plusieurs années de meilleures performances économiques.
Depuis le premier sommet organisé en 1973, en République centrafricaine, à l’initiative du président nigérien Hamani Diori, jusqu’au discours de La Baule en 1990, qui conditionnait l’aide française à la démocratisation, les sommets Afrique-France ont profondément évolué.
En 2021, à Montpellier, le président français, Emmanuel Macron avait déjà rompu avec la tradition en écartant les chefs d’État au profit de la société civile.
Un sommet sous le signe du repositionnement
Cette année, à Nairobi, une nouvelle étape est franchie : pour la première fois, ce rendez-vous se tient dans un pays africain anglophone. Un symbole, alors que les relations entre Paris et plusieurs partenaires historiques francophones se sont fortement dégradées ces dernières années.
Pour de nombreux observateurs, ce choix du Kenya traduit la volonté française de se tourner vers une Afrique anglophone jugée plus dynamique économiquement. Le spécialiste des questions africaines, Antoine Glaser, y voit aussi un message politique adressé aux anciennes capitales du pré-carré francophone.
« On dit toujours que ce sommet, c’était le sommet où on ne parlait que business, sport et culture, mais j’ai rarement vu un sommet aussi politique, parce que c’est un message envoyé à l’ancien pré-carré, aux chefs d’Etats de l’Afrique francophone. Vous avez renvoyé la France… vous croyez toujours qu’on a besoin de vous ? Mais nous, on va maintenant en Afrique anglophone, et on va faire le business en Afrique anglophone », a estimé le journaliste français.
Afrique de l’Est : une région à forte croissance
Les chiffres semblent confirmer cette orientation. Entre 2004 et 2015, les pays du Comesa, le Marché commun de l’Afrique orientale et australe, majoritairement anglophones, ont enregistré une croissance supérieure à 6 %, soit près du double de celle observée dans plusieurs pays francophones
Le Kenya, deuxième économie d’Afrique de l’Est, devrait enregistrer une croissance de 5,1 % en 2026, selon l’Onu. Nairobi apparaît aujourd’hui comme une plateforme régionale stable et attractive pour les investissements étrangers.
Pour Frank Baasner, professeur émérite à l’université de Mannheim, cette stratégie permet aussi à la France de maintenir son influence face à la Chine sur le continent africain, contrairement à l’Allemagne.
« Il n’y a pas d’ambition, si vous voulez, allemande en Afrique, quand on compare ça avec la France, évidemment, C’est une tradition. »
L’ancien directeur de l’Institut franco-allemand précise que « Maintenant, ça s’élargit et ça devient plutôt une stratégie aussi d’investissement, pour ne pas laisser ce grand continent jeune et dynamique à la Chine. C’est vrai qu’investir là où les Chinois ont déjà investi, c’est sans doute un choix intelligent. Et les Allemands, à mon avis, laissent passer ce train au lieu de monter dedans. »
La dimension sécuritaire
La dimension sécuritaire reste également centrale. 800 soldats français sont arrivés au Kenya peu avant le sommet, après les retraits successifs des forces françaises de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
Un accord de coopération militaire, signé en octobre 2025, entre Nairobi et Paris, puis ratifié en avril dernier par le Parlement kényan, confirme ce nouveau partenariat stratégique entre la France et l’Afrique de l’Est.
Regard Sur l’Afrique Par Kossivi Tiassou Journaliste à la Deutsche Welle






















































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