En Afrique du Sud, des tensions autour de l’immigration irrégulière alimentent des manifestations et des actes de violence visant les communautés étrangères. Les mesures annoncées par le président Ramaphosa visent à renforcer le contrôle de l’immigration et l’application des lois du travail.
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a dévoilé, dimanche 7 juin, un plan visant à renforcer l’application des lois sur l’immigration et le travail, dans un contexte marqué par une recrudescence des tensions autour de la présence des migrants en Afrique du Sud.
S’exprimant lors d’une adresse à la nation, le chef de l’État a présenté une stratégie articulée autour de plusieurs axes : le renforcement des contrôles et des expulsions des migrants en situation irrégulière, la sécurisation des frontières, la lutte contre la corruption au sein du système migratoire, la modernisation des mécanismes d’identification ainsi que la révision du cadre législatif relatif à l’immigration et à l’emploi.
Un durcissement des sanctions contre les employeurs qui recrutent des travailleurs sans papiers est également prévu. La création de tribunaux spécialisés pour accélérer le traitement des dossiers liés à l’immigration, le recrutement de 10 000 inspecteurs du travail, la mise en place d’un registre biométrique national et le retrait progressif des anciens livrets d’identité verts figurent aussi parmi les autres mesures annoncées par le président.
Par ailleurs, l’instauration de quotas pour l’emploi de travailleurs étrangers dans certains secteurs économiques et un meilleur encadrement des petites entreprises sont envisagés. « En tant que gouvernement, notre objectif est clair. Nous voulons une Afrique du Sud où toute personne entrant dans le pays le fasse légalement », a déclaré M. Ramaphosa.
Une réponse à un climat de plus en plus tendu
Ces annonces interviennent au moment où des attaques et des discours hostiles aux étrangers se multiplient dans le pays. En avril et mai, le mouvement citoyen « March and March », favorable à une application plus stricte des lois migratoires, a organisé plusieurs manifestations dans les grandes villes telles que Pretoria, Johannesburg et Durban.
Les partisans de ce mouvement accusent les migrants sans papiers d’être à l’origine des difficultés économiques, de la dégradation des services publics et de la hausse de la criminalité. Dans ce climat, plusieurs pays de la région ont déployé des mesures d’urgence diplomatiques et logistiques pour protéger et évacuer leurs ressortissants.
Près d’un millier de ressortissants ghanéens ont été rapatriés à la suite de la récente vague d’attaques xénophobes, d’après le ministère ghanéen des Affaires étrangères. Les personnes concernées bénéficieront d’un accompagnement médical et psychosocial, ainsi que de mesures de réinsertion comprenant des indemnisations et des opportunités d’emploi.
Le Nigeria et le Malawi ont également engagé des opérations similaires pour assister leurs ressortissants.
Un contexte socioéconomique difficile
Deuxième économie du continent selon la Banque mondiale, l’Afrique du Sud est une destination importante pour les migrants, qu’ils soient en situation régulière ou irrégulière. Pourtant, le pays continue de faire face à une croissance économique insuffisante pour résorber un chômage structurel élevé.
L’institution de Bretton Woods estime que la croissance devrait se renforcer en 2026, mais rester insuffisante pour réduire significativement le chômage et la pauvreté. Selon ses données, près de 60 % des Sud-Africains vivent sous le seuil de pauvreté des classes moyennes supérieures, tandis que le taux de chômage s’est maintenu au-dessus de 30 % en 2025, atteignant en moyenne 32,4 % et touchant plus de huit millions de personnes.
Le président Ramaphosa a reconnu les préoccupations croissantes des Sud-Africains concernant l’immigration irrégulière, notamment son impact perçu sur l’emploi, les services publics, la sécurité et l’État de droit. « L’Afrique du Sud est confrontée à des taux de chômage élevés et persistants, notamment chez les jeunes. […] Il faut toutefois reconnaître que l’immigration clandestine n’est pas la cause de tous nos problèmes économiques », a-t-il souligné. Il a toutefois insisté sur la nécessité de stimuler la croissance, l’investissement et la création d’emplois.
RSA avec Ecofin Par Charlène N’dimon




















































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