Le FMI confirme les résultats budgétaires annoncés par Dakar, signe d’une crédibilité retrouvée. Mais sans obtention d’une dérogation concernant le dossier de la dette cachée, aucun décaissement n’est envisageable : la performance ouvre la porte, mais la dérogation en détient la clé.
À Dakar, le Fonds monétaire international (FMI) a achevé, lundi 22 juin, une mission technique d’une semaine sur une note prudente : l’institution salue les progrès budgétaires du Sénégal, sans pour autant reprendre les décaissements suspendus depuis l’éclatement du scandale de la dette cachée.
Conduite par Mercedes Vera-Martin, cheffe de mission pour le Sénégal, l’équipe du Fonds a séjourné à Dakar du 15 au 19 juin. Il s’agit de la première visite officielle depuis le départ d’Ousmane Sonko de la Primature, en mai. Elle ne donnera pas lieu à une réunion du conseil d’administration de l’institution.
Le principal signal est budgétaire. Selon le communiqué, le déficit public est passé de 13,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2024 à 6,4 % en 2025, sous l’effet d’une rationalisation des dépenses. Le FMI confirme ainsi le chiffre déjà avancé par Dakar dans son rapport d’exécution d’avril, qui évaluait le déficit à 1387,5 milliards de francs CFA (2,4 milliards $), soit 6,44 % du PIB. La croissance a, quant à elle, atteint 6,7 % en 2025, portée par le démarrage de la production de pétrole et de gaz.
« L’économie sénégalaise a fait preuve de résilience », affirme Mme Vera-Martin dans le communiqué, tout en relevant que les vulnérabilités liées à la dette « demeurent élevées ».
Pour mémoire, la dette publique était estimée à 132 % du PIB à fin 2024, après la révélation d’emprunts dissimulés sous l’ancienne administration. Le ministre des Finances, Cheikh Diba, a décrit cet épisode de fausse déclaration de données comme le plus important jamais recensé par le Fonds, de l’ordre de 44 points de PIB. C’est précisément ce dossier qui maintient gelé un programme de 1,8 milliard de dollars depuis 2024.
La dérogation sur la dette cachée reste le principal obstacle
Un nouveau risque s’invite désormais dans l’équation. Le FMI alerte sur la hausse des cours mondiaux du pétrole depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, qui devrait peser sur les finances publiques sénégalaises cette année en raison du coût des subventions non ciblées à l’énergie. Cette pression complique l’objectif de consolidation budgétaire.
Pour les observateurs, la performance affichée reste insuffisante. Selon l’économiste sénégalais Thierno Thioune, le véritable verrou demeure l’obtention d’une dérogation du conseil d’administration du Fonds sur le dossier de la dette cachée, préalable à tout nouvel accord. Le FMI, de son côté, indique que les autorités ont « réitéré leur intérêt » pour un programme et que le dialogue se poursuivra.
Dakar multiplie les gages de bonne volonté. Début juin, le Trésor a procédé au paiement anticipé de deux coupons sur ses euro-obligations, pour environ 58,7 milliards de francs CFA, soit 89 millions d’euros, afin de rassurer les investisseurs. En interne, le Conseil des ministres du 17 juin a validé 22 nominations stratégiques au ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, chargées de piloter la gestion de la dette.
La prochaine étape se jouera lors des discussions à venir entre Dakar et Washington, qui conditionnent l’accès du Sénégal à de nouveaux financements. Dans ce contexte, l’obtention d’une dérogation du FMI demeure un préalable à la relance d’un programme de financement.
RSA avec Ecofin Par Fiacre E. Kakpo






















































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