Environ 60 000 migrants auraient rejoint Ceuta depuis le Maroc, un record historique pour l’enclave espagnole. Madrid et Rabat ont renforcé leurs dispositifs sécuritaires face à une crise qui touche aussi Melilla. L’afflux relance les tensions européennes sur la gestion des frontières et la politique migratoire.
L’enclave espagnole de Ceuta traverse l’une des plus graves crises migratoires de son histoire. Entre le 30 et le 31 juillet, environ 60 000 migrants auraient franchi illégalement la frontière depuis le Maroc, selon les autorités locales, un afflux inédit pour ce territoire de seulement 20 km² et 85 000 habitants. « La situation est intenable », a déclaré le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, qui a indiqué que 34 personnes étaient mortes lors de leur tentative de rejoindre l’enclave.
La majorité des arrivées s’est concentrée au niveau de la digue de Tarajal, qui sépare Ceuta du Maroc. Des migrants ont contourné les barrières avec des bouées ou en nageant avant d’atteindre le quartier d’El Príncipe. Pour Juan Jesús Vivas, l’ampleur du phénomène est comparable à l’arrivée soudaine de 34 millions de personnes en Espagne en une journée, proportionnellement à la population de Ceuta. Quelque 25 000 migrants seraient toutefois déjà repartis vers le Maroc, selon le ministère espagnol de l’Intérieur.
Face à la situation, Madrid a déployé des renforts policiers, des plongeurs, des drones et des moyens navals, tandis que l’armée a été mobilisée pour sécuriser certains axes routiers. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s’est rendu à Ceuta, dénonçant une « attaque » et une « violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ». Selon lui, les réseaux de passeurs auraient exploité une récente décision de justice interdisant l’expulsion immédiate vers le Maroc des migrants arrivés par la mer. L’afflux pourrait également être lié à un important phénomène de mobilisation sur les réseaux sociaux, où des rumeurs d’ouverture des frontières auraient circulé massivement. La situation s’étend à Melilla, autre enclave espagnole au Maroc, où environ 400 personnes auraient franchi illégalement la frontière.
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Crise migratoire à Ceuta : les dirigeants européens se sont «trompés d’invasion», ironise Zakharova
Alors que plusieurs dizaines de milliers de migrants sont entrés dans l’enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc en moins de 24 heures, provoquant des tensions entre Madrid et d’autres chancelleries européennes, Maria Zakharova a ironisé sur les dirigeants de l’OTAN, jusqu’alors préoccupés par la perspective d’une invasion russe.
« Comme les dirigeants de l’Union européenne avaient raison lorsqu’ils parlaient du caractère inévitable d’une invasion ! Ursula, Kaja, Josep : des génies de la prévision », a ironisé, ce 31 juillet sur sa chaîne Telegram, Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères. « Ils ne se sont trompés que sur deux choses : la direction et l’auteur », a-t-elle poursuivi. « Ils s’attendaient à voir la Russie venir de l’est, mais le malheur est arrivé d’où ils ne l’attendaient pas : du sud, depuis l’Afrique du Nord. »
Depuis plusieurs jours, Ceuta fait face à un afflux migratoire sans précédent. Selon les autorités locales, environ 60 000 migrants seraient entrés en moins de vingt-quatre heures dans cette enclave espagnole située sur la côte nord-africaine. Avant même la publication de ce bilan, la situation avait provoqué de vives tensions au sein de l’espace Schengen, plusieurs États membres appelant à suspendre temporairement la participation de l’Espagne.
Après la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, et son ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, la ministre finlandaise de l’Intérieur, Mari Rantanen, et la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, ont à leur tour soutenu cette mesure le 31 juillet. Ces critiques, initialement formulées par Rome, avaient provoqué la réaction de Madrid dès la soirée du 30 juillet. La diplomatie espagnole avait alors dénoncé la « démagogie » des autorités italiennes.
« La citoyenneté pour chacun, et une citoyenne pour soulager le stress »
Dans une autre publication, Maria Zakharova a également réagi aux déclarations du chancelier allemand Friedrich Merz, qui avait exigé que le Maroc « reprenne immédiatement les migrants en situation irrégulière ». « J’attends que l’Union européenne et tous ses États membres remplissent leurs obligations en matière de droits de l’homme et offrent aux citoyens marocains en quête de démocratie en Europe tout ce que les Occidentaux ont pris au continent africain pendant des siècles », a-t-elle écrit.
« Qu’ils les logent dans les meilleurs hôtels — pourquoi pas dans les résidences de Merz, Macron et von der Leyen, où la climatisation fonctionne au moins —, qu’ils les nourrissent, leur paient une assurance maladie, leur donnent de l’argent, des interprètes et du temps d’antenne sur Deutsche Welle, France 24 ou la RAI afin de garantir une liberté d’expression totale », a poursuivi la diplomate russe, avant de conclure : « J’ai oublié quelque chose, n’est-ce pas ? Bien sûr : la citoyenneté pour chacun, et une citoyenne pour soulager le stress. »
La crise provoque également des tensions au sein de l’Union européenne. L’Italie a évoqué la possibilité de suspendre temporairement l’Espagne de l’espace Schengen, une proposition jugée « inappropriée » par Madrid. Rome accuse notamment l’Espagne d’avoir encouragé l’immigration irrégulière après l’octroi de régularisations massives, tandis que plusieurs pays européens appellent à un renforcement du contrôle des frontières extérieures. Cette crise rappelle celle de mai 2021, lorsque près de 10 000 migrants avaient pénétré à Ceuta en quelques jours.
Par RSA et RT





















































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