Le secrétaire général de l’Otan Mark Rutte n’a pas réussi à convaincre Donald Trump de changer d’attitude envers les alliés de l’Alliance. Malgré tous les efforts du Néerlandais pour plaire à « Daddy » et prouver que les membres de l’Otan remplissent toutes ses exigences, le locataire de la Maison Blanche est resté inflexible: pour lui, les Européens membres de l’Otan restent des « profiteurs ».
Rutte s’était soigneusement préparé à son entretien avec Trump. Il avait même apporté de jolis graphiques intitulés « Trump Trillion ». Ils devaient démontrer que les membres de l’Otan avaient fortement augmenté leurs dépenses de défense, de 1.200 milliards de dollars depuis l’entrée en fonction du président en 2017. Mais lorsque Rutte a commencé à déclarer qu' »il y a eu des débats pour savoir si les alliés étaient suffisamment proches des États-Unis », Trump a tranché: « Ils ne l’étaient pas. »
Trump a déclaré que si quelqu’un d’autre s’était trouvé à la place de Rutte, il aurait tout simplement refusé la rencontre. « Vous nous avez laissé tomber, a indiqué le président américain. Je suis déçu par l’Italie, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la France et l’Espagne. Nous n’avions pas besoin d’aide… Mais il aurait été bien qu’ils disent qu’ils voulaient nous aider. Je veux simplement de la loyauté de la part des pays de l’Otan, a ajouté Trump. Nous leur sommes dévoués, nous nous battons toujours pour eux. Et eux, ils disent: non, nous ne pouvons pas aider. » Le dirigeant américain a également précisé qu’il avait accepté de se rendre au sommet de l’Otan à Ankara uniquement par respect pour son ami Erdoğan.
La position de Trump complique sérieusement la situation des Européens à l’approche du sommet de l’Otan. Les Européens ne cachent pas que leur objectif principal est d’éviter un scandale et les foudres publiques de Trump. C’est pourquoi la réunion de l’Otan devrait être essentiellement consacrée à la question la plus sensible, à savoir l’argent. Les membres de l’Alliance espèrent que les chiffres pourront apaiser la colère du dirigeant américain.
Mais même sur les questions financières, il n’y a pas d’unité entre les alliés. Certains d’entre eux réclament sans relâche l’augmentation des dépenses de défense. La Pologne, par exemple, affirme que ses dépenses en armement et en défense ont atteint près de 7% du PIB. Mais s’engager dans de nouvelles dépenses en période de crise est impossible pour d’autres membres de l’Alliance. De très nombreux pays se sont révélés incapables de porter leurs dépenses de défense à 5% du PIB, comme cela avait été décidé lors du sommet de La Haye l’année dernière.
Les problèmes de financement des dépenses militaires sont reconnus au sein de l’Otan. « La demande croissante de produits militaires se heurte à une offre limitée, les prix augmentent, ce qui réduit à néant tous nos efforts », ont écrit dans un article pour le Financial Times les premiers ministres du Canada et du Luxembourg, Mark Carney et Luc Frieden. « Les plans de l’Otan pour le renforcement de sa puissance militaire exigent des alliés 850 milliards d’euros de dépenses annuelles supplémentaires, ont-ils précisé.
Cela ne peut pas se faire au détriment d’autres investissements prioritaires. » Carney et Frieden ont proposé la création d’une banque propre à l’Otan, sur le modèle de la Banque mondiale ou de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. Chaque pays membre de l’Otan devrait y apporter sa contribution. La banque, à son tour, financerait l’industrie militaire, les start-up de développement de drones et d’autres besoins de défense.
Selon Carney et Frieden, la banque de l’Otan pourrait être créée dans un délai d’un an. Mais la création d’une telle institution nécessiterait l’accord de tous les États membres. Compte tenu des contradictions internes au sein de l’Alliance et de la réticence de nombreux pays à engager de nouvelles dépenses, les débats sur le montant de la contribution de chaque membre à cette banque s’annoncent tendus. Et l’idée risque d’être enterrée encore au stade des discussions.
RSA avec observateur-continental Par Alexandre Lemoine




















































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