La filiale nigériane d’Ecobank, qui représentait 12,4 % du portefeuille consolidé à fin 2025, ne remonte plus de dividendes à la maison mère et contribue à alourdir le coût du risque du groupe panafricain.
Le groupe bancaire panafricain Ecobank a confirmé, mercredi 3 juin à Lomé, qu’un plan de redressement est en cours d’exécution pour sa filiale nigériane, dont les fonds propres sont actuellement insuffisants pour respecter les exigences prudentielles de la Banque centrale du Nigeria (CBN).
Le directeur général du groupe, Jeremy Awori, s’est exprimé sur le dossier nigérian lors d’une conférence de presse organisée à l’issue de la 38ᵉ assemblée générale annuelle d’Ecobank Transnational Incorporated (ETI), la maison mère du groupe.
« Nous avons un plan en cours d’exécution, qui est suivi très étroitement par le conseil d’administration, non seulement celui d’ETI, mais aussi celui d’Ecobank Nigeria », a déclaré M. Awori. « Comme vous pouvez l’imaginer, la plupart des actions étant en cours, nous ne communiquons pas de détails dans le domaine public », a-t-il ajouté.
La filiale nigériane a enregistré en 2025 une perte avant impôts de 31 millions de dollars, contre un bénéfice de 5 millions un an plus tôt, selon les états financiers consolidés du groupe.
Le ratio de créances douteuses (NPL), qui mesure la part des prêts dont le remboursement est compromis, a atteint 42,1 % du portefeuille de la filiale, contre 9,7 % un an auparavant. Les créances les plus risquées, classées dans la catégorie dite « Stage 3 » selon les normes comptables internationales IFRS, ont quadruplé sur l’année, passant de 158 millions à 667 millions de dollars.
La banque n’a constitué que 16,8 % de provisions sur ces créances compromises, contre 38,2 % un an plus tôt. Cela signifie que pour chaque dollar de créances à risque, Ecobank Nigeria n’a mis de côté que 17 cents pour couvrir une perte éventuelle, contre 38 cents l’année précédente. À titre de comparaison, le taux de couverture observé dans le secteur bancaire africain se situe généralement autour de 70 %.
Les montants effectivement passés en pertes sur ces créances dégradées ont presque quadruplé en 2025, atteignant 82 millions de dollars, contre 21 millions un an plus tôt, selon le rapport annuel publié le 20 mai.
Cette dégradation est survenue après que la CBN a mis fin à un régime de tolérance prudentielle appliqué à certaines créances du portefeuille pétrole et gaz, comme le précise le rapport annuel.
Une filiale sous surveillance renforcée
Awori a précisé que la filiale nigériane ne versait plus de dividendes à la maison mère. « Nous ne sortons pas de dividendes de cette filiale, nous les laissons sur place pour qu’elle se redresse », a-t-il déclaré, sans préciser de calendrier pour le retour à la conformité prudentielle.
Le directeur général a toutefois défendu la performance opérationnelle de la filiale, dont le bénéfice avant provisions a presque doublé en 2025, passant de 26 à 51 millions de dollars. « Si vous regardez notre profit avant provisions, il a augmenté de près de 100 % », a-t-il affirmé.
Ecobank Nigeria avait atteint dès décembre 2024 le seuil minimum de capital social de 200 milliards de nairas (environ 147 millions $) exigé par la CBN pour les banques de catégorie nationale, selon le rapport annuel. Cette exigence concerne le niveau minimal de capital social détenu par la banque.
Toutefois, une seconde exigence réglementaire porte sur le ratio de solvabilité, c’est-à-dire le rapport entre les fonds propres et les risques portés par l’établissement. C’est sur ce second indicateur que la filiale demeure en dessous du minimum réglementaire fixé à 10 %.
Les difficultés d’Ecobank Nigeria continuent de peser sur les comptes consolidés du groupe. Bien que le Nigeria ne représente que 12,4 % du portefeuille de prêts du groupe, il concentre à lui seul environ 56 % des créances douteuses, selon le rapport annuel.
En conséquence, le coût du risque consolidé du groupe — c’est-à-dire la part du portefeuille que la banque doit provisionner pour couvrir les pertes attendues — a presque triplé en un an, passant de 178 points de base à 500 points de base. La direction vise un retour dans une fourchette comprise entre 250 et 350 points de base en 2026, ce qui supposerait une amélioration progressive de la situation au Nigeria.
Le groupe indique par ailleurs avoir constitué une réserve centrale de provisions de 576 millions de dollars au 31 décembre 2025, destinée à couvrir d’éventuels risques émergents.
RSA avec Ecofin Par Fiacre E. Kakpo




















































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